Poly France 2020 – 102min.

Critique du film

Discours propagandiste aux allures de divertissement familial

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Fini les oies sauvages en migration, place au poney à la blonde crinière surnommé Poly. Après Donne-moi des ailes sorti en 2019, Nicolas Vanier adapte sur grand écran le feuilleton et les romans éponymes pour les besoins de son nouveau cheval de bataille, un conte familial moralisateur à souhait.

Cécile (Elisa de Lambert) n’a pas d’amis, encore moins de perspectives de s’en faire en cette période de grandes vacances. À peine débarquée de Paris avec sa maman divorcée, la fillette s’ennuie ferme dans cette petite bourgade du sud de la France. Entre commérages, balade à la boulangerie et glace sur la place du village, on a vite fait le tour des activités locales. Mais ça, c’était jusqu’à l’arrivée d’un cirque ambulant. Acrobates et animaux de foire viennent donner un coup de sabot à l’ambiance. Parmi eux, Poly, un vaillant petit équidé maltraité par son maître (Patrick Timsit), un monsieur loyal cruel. Déterminée à mettre fin à son calvaire, Cécile kidnappe le poney et se lance dans une folle épopée pour rendre à l’animal sa liberté.

L’ami des bêtes et grand conteur du monde sauvage est de retour une année après son dernier métrage. Prolifique, Nicolas Vanier s’attaque aux écrits de Cécile Aubry, d’abord diffusés sous forme de feuilleton dans les années 60, adaptés ensuite en romans. Moins réussi que Donne-moi des ailes, Poly voit un Patrick Timsit en faire des caisses en méchant propriétaire de cirque et un François Cluzet peu à l’aise en pseudo motard rebelle, blouson de cuir dégainé.

Et si ce n’était que ça! Mais Poly traîne surtout comme un boulet un défaut majeur: la volonté du réalisateur d’utiliser son film comme moyen de propagande. Et ceci se traduit par des poncifs du militantisme végétarien distillés ici et là: un beau matin, attablée devant son assiette de viande, la petite Cécile, tourmentée par les mésaventures de son ami le poney, se découvre un dégoût pour la bidoche. Elle se le jure, plus jamais elle ne mangera de viande. La gamine parvient même à embrigader le fils du boucher qui, à son tour, ne veut plus entendre parler de viande. C’est dire! Plus subtile encore, pour chaque morceau de viande servi par sa maman, la fillette s’empresse de confectionner une sépulture. Bientôt, le champ derrière la maison familiale se mue en cimetière où trônent fébrilement des croix de fortune.

Le film aurait pu se satisfaire de dénoncer la cruauté envers les animaux et prôner la bienveillance à observer envers les bêtes à travers la relation de Cécile et de son ami l’équidé. Il aurait pu encore se contenter de raconter le périple des deux protagonistes, l’audace, le cran et l’intelligence de la fillette, des qualités à mettre en évidence sans modération dans un film pour les petits et plus grands.

Au lieu de ça, le parti pris scénaristique dessert son objectif premier, plombant le récit par un message moralisateur. Merci donc au réalisateur, qui officie également en tant que scénariste aux côtés de Jérôme Tonnerre et Maxime Giffard, d’être le gardien d’une pensée unique et manichéenne. Les bouffeurs de saucisson en prendront pour leur grade! Sous-couvert d’un divertissement familial dénonçant, et à juste titre pour le coup, la cruauté envers les animaux, Poly n’est rien d’autre qu’un manifeste opposant les gentils végétariens et les méchants carnivores, dont la subtilité n’a égal que le soucis de la nuance selon Vanier. On ressort de la salle overdosé d’une leçon de morale panpan cucul.

28.09.2020

2

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

Autres critiques de films

Dark Waters

Tenet

The Assistant

Yakari, La Grande Aventure