One Night in Miami Etats-Unis 2020 – 110min.

Critique du film

Regina King fait une entrée fracassante dans la cours des réalisateurs

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

On la connaît en tant qu’actrice oscarisée, peut-être le sera-t-elle également en tant que réalisatrice. Regina King passe pour la première fois derrière la caméra avec One Night In Miami. Présenté à la Mostra de Venise et au festival de Zürich en septembre dernier, le film convoque quatre légendes afro-américaines dans une petite chambre d’un motel de la cité floridienne un soir de 1964.

Nous sommes le soir du 25 février 1964 après le combat de boxe entre Cassius Clay (Eli Goree), bientôt rebaptisé Mohammed Ali, et Sonny Liston au Miami Beach Convention Centre. Pour fêter dignement le titre historique de champion du monde poids lourds d’Ali, Malcolm X (Kingsley Ben-Adir) invite le boxeur ainsi que le chanteur Sam Cooke (Leslie Odom Jr) et le footballeur Jim Brown (Aldis Hodge) à se joindre à lui dans une chambre de motel. Ces derniers s’exécutent pensant arriver à une fête en bonne et due forme. Au lieu de ça, une chambre dépouillée et un pot de crème glacée vanille les attendent. L’activiste leur réserve une nuit d’introspection et de réflexion autour de la condition noire américaine de l’époque.

De vrai, il n’y a que ce combat de boxe, le reste n’est que fiction. Ce que l’on sait néanmoins c’est qu’une rencontre a réellement eu lieu entre les quatre compères. Adapté de la pièce de théâtre du même nom écrite par Kemp Powers, qui signe également le scénario, One Night In Miami propose une version fantasmée de l’histoire. Quelque part entre réalité et fiction, le récit propose d’explorer la thématique raciale à travers la vision de quatre grands noms afro-américains. Et si ces quatre icônes, maîtres dans leur propre discipline, s’étaient entretenus le temps d’une nuit, que se seraient-ils dit?

Figures emblématiques du sport, de la chanson et de l’activisme Noir américain, chacun des quatre protagonistes œuvre à sa manière dans un même but: obtenir l’égalité. Et la conversation nocturne voit défiler autant de sujets légers que de thématiques essentielles. Avec des sensibilités différentes et des rôles divers, les personnages tantôt rient, tantôt se déchirent dans ce huis-clos chimérique. Car faire avancer la lutte pour les droits des afro-américains ne revêt pas la même signification pour chacun et les moyens d’y parvenir diffèrent selon qu’on se nomme Sam Cooke, Malcolm X, Jim Brown ou encore Mohammed Ali.

Si le film prend majoritairement ses quartiers dans cette fameuse chambre de motel, le début du métrage s’attarde sur chaque personnage en nous dévoilant leurs succès respectifs et les défis auxquels ils doivent faire face. Mais ne vous y trompez pas, à l’instar d’un film comme «Le Blues de Ma Rainey» sorti il y a peu sur Netflix, il ne fait aucun doute que One Night In Miami est adapté d’une pièce de théâtre. Les dialogues nerveux de Kemp Powers et l’espace confiné dans le viseur de Regina King dispensent une atmosphère singulière au métrage.

Mais qu’à cela ne tienne, et même si une adaptation de ce genre peut s’avérer périlleuse, la réalisatrice relève le challenge haut la main grâce notamment à un quartet d’acteurs 4 étoiles, géniaux et charismatiques, et une direction d’acteurs tout aussi brillante. Classique dans son exécution, One Night In Miami mise tout sur l’interprétation de ses comédiens. En tête de gondole Kinglsey Ben-Air et Leslie Odom Jr, dont les monologues autour de la condition noire captivent par leur intensité et leurs élans passionnés.

Nombreux sont les films ayant pour sujet la communauté noire et ses batailles menées à travers les âges et aujourd’hui encore. Rares sont ceux qui donnent réellement la parole à cette communauté n’ayant d’autres desseins que de servir la cause elle-même. Écrit, réalisé et joué par des afro-américains, One Night In Miami en fait partie. Il était temps!

05.01.2021

4

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