Le Prince oublié Belgique, France 2020

Critique du film

Omar Sy enfile les collants d’un prince imaginaire

Emma Raposo
Critique du film: Emma Raposo

Il avait tiré le portrait de Godard durant les évènements de 68 dans Le redoutable et fait danser Jean Dujardin dans le film muet oscarisé The Artist, Michel Hazanavicius fait un virage à 180 degrés avec son dernier-né. Plongeon dans l’imaginaire d’un papa poule campé par Omar Sy, Le Prince oublié déballe la difficulté pour un parent de voir son enfant grandir et s’éloigner.

Djibi (Omar Sy), un papa veuf à l’imagination débordante, invente de fabuleuses histoires à sa fille Sofia au moment du coucher. Dans ses récits épiques, il règne inlassablement en prince vaillant. Mais voilà, la fillette est désormais une pré-ado qui texte ses copines et s’intéresse à un autre type de prince: le genre en baskets et arborant une mèche blonde coiffée-décoiffée façon Justin Bieber d’il y a 10 ans. Djibi voit son monde s’écrouler, ce monde fictif qu’il avait lui-même inventé, dans lequel il volait au secours de sa princesse Sofia. Loin de s’avouer vaincu, le courageux papa s’embarque dans une périlleuse aventure pour reconquérir le cœur de sa princesse.

Il est dur le temps où l’on s’aperçoit que son enfant n’en est plus un! Quel parent n’a pas vécu ce moment de solitude où son rejeton lui demande de le déposer un peu plus loin de l’entrée de l’école ou de ne plus l’embrasser devant ses amis? Pour un papa surprotecteur, dont la vie ne tourne qu’autour de sa fille, ce revirement de situation a l’effet d’une douche froide. Et maintenant, que reste-t-il?

Michel Hazanavicius connait plutôt bien le sujet. Le réalisateur a lui-même quatre enfants, dont trois filles. De son propre ressenti, il capture cet instant de vie traversé plus ou moins âprement par les pères et les parents plus globalement. De façon métaphorique, en plongeant le spectateur dans un univers d’animation généreusement coloré, dont l’exécution n’épate guère, et peuplé de personnages farfelus, de méchants à la piteuse dentition et de créatures légendaires revisitées, Hazanavicius balaie avec une pincée d’humour et de poésie tout enfantine un thème récurrent dans la vie d’un parent: élever son enfant pour mieux le voir s’envoler.

On ne pourra pas reprocher à Michel Hazanavicius de ne pas varier les genres et les thèmes dans ses films. Mais malgré une intention initiale louable et des acteurs qui n’ont pas besoin d’en faire des caisses pour faire sourie - on pense à François Damiens affublé d’une coiffe noire de vilain à qui il suffit de respirer pour provoquer l’hilarité -, Le Prince oublié reste désespérément trop littéral dans son propos, omettant d’intégrer différents niveaux de lecture et réduisant inexorablement le public qui aurait pu trouver de l’intérêt dans ce genre de métrage. C’est mignon tout plein mais sans plus.

En bref!

Définitivement destiné à un jeune public, Le Prince oublié ravira les familles en quête d’un divertissement «feel good» dégoulinant de bons sentiments. Doté d’une animation trop peu aboutie et d’une lecture à niveau unique, le monde imaginaire forgé par Michel Hazanavicius a du mal à embarquer tout le monde, la mignonnerie du concept n’y changera rien.

06.02.2020

2.5

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