Gagarine France 2020 – 95min.

Critique du film

La cité des étoiles

Clélia Godel
Critique du film: Clélia Godel

Pour leur premier long-métrage, le duo de réalisateurs Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont choisi de conter le récit d’un habitant de la cité Gagarine, située en banlieue parisienne, qui va se battre pour qu’elle ne soit pas démolie. Officiellement sélectionné dans l’édition 2020 du Festival de Cannes, le film est une vraie réussite.

Passionné d’astronomie, Youri (Asléni Bathily), 16 ans, a grandi dans la cité Gagarine à Ivry-sur-Seine. Construite dans les années 1960 en hommage au célèbre astronaute soviétique et même inaugurée par celui-ci en 1963, la cité de briques rouges est désormais vétuste et menacée de démolition. Ses habitants acceptent difficilement cette décision, mais pour Youri, très attaché à ce lieu chargé d’histoire, il est impensable de devoir la quitter. Avec ses amis Houssam (Jamil McCraven) et Diana (Lyna Khoudri), le jeune garçon va tout faire pour sauver sa cité.

En choisissant de mélanger intelligemment l’onirisme lié à l’espace et la vie de ce jeune de banlieue, les réalisateurs Fanny Liatard et Jérémy Trouilh ont trouvé la recette idéale. Gagarine sort en effet des sentiers battus et propose une véritable bouffée d’air frais. On est loin du film de cité teinté de violence ou de noirceur puisque le long-métrage se veut plutôt optimiste et réconfortant. Cela ne veut pas dire que la pauvreté est éclipsée: au contraire, le quotidien de Youri n’est pas aisé, mais la détermination de l’adolescent est remarquable, notamment lorsqu’il vient en aide aux membres de la communauté ou quand il s’obstine à vouloir réparer les ascenseurs des immeubles.

Pour son premier rôle à l’écran, Asléni Bathilyç étonne et impressionne par sa justesse. Sa prestation solaire et pleine de douceur est prometteuse. L’alchimie qu’il partage avec Lyna Khoudri*, rayonnante d’un bout à l’autre, fait également des étincelles. Encore une fois, les personnages écrits par le duo de cinéastes diffèrent des stéréotypes habituels et se veulent résolument chaleureux.

L’inventivité de Youri, ainsi que sa débrouillardise, participent à construire tout l’univers onirique qui berce le long-métrage. Le garçon ne cesse de rêver de l’espace et des étoiles et lorsqu’il transforme son appartement en vaisseau spatial, on ne peut que constater son intelligence. Il navigue ainsi inlassablement entre rêve et réalité, tout en nous incluant dans son voyage.

Si quelques scènes souffrent un peu de longueurs, l’ensemble reste plus que convainquant et peut notamment compter sur la mise en scène dynamique des réalisateurs. En faisant plus que lui rendre hommage, le duo donne ainsi l’un des rôles principaux à Gagarine et filme l’immense immeuble sous toutes ses coutures. Désormais détruite, la cité continuera néanmoins de vivre à travers les images de ce très bon premier film.

24.11.2020

4.5

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

Autres critiques de films

Justice League

Balloon

Sorry We Missed You

Douleur et gloire