Miss France 2020

Critique du film

L’orphelin qui se rêvait Miss France

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Ruben Alves (La Cage dorée) s’empare d’un sujet actuel de notre société. À travers Alex, le chemin tortueux vers l’acceptation du genre se pose comme un match de boxe: les uppercuts pleuvent, mais il ne faut rien lâcher pour arriver au bout de ses rêves.

Ce 27 février 2004, le petit Alex, du haut de ses 9 ans, rêve de devenir Miss France. Le comble pour un garçon. 15 ans plus tard, Alex a perdu ses parents et se retrouve dans une colocation plutôt mouvementée, a délaissé ses rêves de beauté pour s’empêtrer dans une existence fade et morne. C’est une rencontre qui réveille son rêve oublié, un passé tortueux, son envie de devenir quelqu’un. Avec l’aide de sa famille de cœur, de son ami d’enfance, Alex part à la conquête de la couronne.

À la croisée des genres. Naviguant entre les codes sociétaux, entre le costume d’homme et de femme, Alex (Alexandre Wetter) cultive son côté androgyne pour accéder au concours de miss. Dans le film documentaire Greta Gratos de Séverine Barde, Pierandré Boo parlait de multiplicité de soi, de conjuguer sa part féminine et sa part masculine. Une double identité qui n’est pas réellement le sujet principal, mais plus une réappropriation de soi, de sa propre identité dans Miss. C’est dans le temple de la beauté, au milieu des candidates pomponnées qu’Alex court après un sentiment de plénitude. Se refuser à suivre l’opinion générale, se grimer pour enfin trouver le chemin vers sa véritable identité. Malin dans son approche, dans son écriture balayant les différents sujets actuels comme l’écologie, les réseaux sociaux et la place de la femme dans notre société.

Elodie Namer et Ruben Alves proposent un scénario plus habile qu’il n’y parait, avec des dialogues percutants, des paroles empruntes de sens. «Ne soyez pas victime des codes, apprenez à jouer avec» souffle Amanda, une «Geneviève de Fontenay» parfaitement jouée par Pascale Arbillot. Miss dézingue les clichés des concours de beauté. Tout particulièrement une séquence où Yollande (Isabelle Nanty), la mère de substitution d’Alex, se frotte à Amanda. Des piques remplies d’acrimonie qui fusent. Deux caractères bien trempés qui s’affrontent, l’un contre cette marchandisation de la femme et l’autre y voyant une image de la femme forte, redorant le blason des concours de miss, perçu dans les années 50 comme une émancipation de la femme.

Un cocktail affectueux, parfois fulgurant, nappé d’une vraie réflexion sociale et identitaire. La performance d’Alexandre Wetter, étonnant de grâce et d’intériorité, sublime un peu plus un récit déjà bien armé. Miss évite les poncifs du récit saupoudré de sentimentalisme et révèle une lecture réfléchie, un pas de recul pour saisir le destin d’une femme dans le corps d’un homme.

En bref!

«Devenir quelqu’un» résonne, habille une jolie histoire signée Ruben Alves. Un jeune homme virevoltant entre les genres, à la recherche d’un destin, d’une identité. Miss balaie les sujets actuels et les questionnements de genre sans tomber dans la mièvrerie, en l’abordant avec courage.

05.03.2020

3.5

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