Gaza mon amour France, Allemagne, Palestine, Portugal, Qatar 2020 – 87min.

Critique du film

Le vieil homme et l’amour

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Après Dégradé en 2015, les frères cinéastes palestiniens Tarzan et Arab Nasser reviennent avec une tendre histoire d’amour sous le ciel de Gaza.

Pêcheur solitaire, à soixante ans, Issa (Salim Dau) tombe doucement amoureux de Siham (Hiam Abbass), une couturière du marché qui vit seule avec sa fille (Maisa Abd Elhadi). Alors qu’il émet le souhait de se marier, sa sœur lui présente d’autres prétendantes et l’homme recueille dans ses filets de pêche une étonnante statue antique. Dès lors, les autorités s’empressent de mettre la main sur ce trésor et les tribulations amoureuses d’Issa ne font que commencer.

Khôl sous les yeux, barbes-fleuves et allures sculpturales, les deux jumeaux cinéastes ne passent pas inaperçus. Synchronicité amusante, ils sont deux enfants nés un an après que le dernier cinéma de Gaza ait été fermé en 1988. Les années passent et les frères s’éprennent du septième art. Après un court-métrage repéré à Cannes, ils signaient Dégradé en 2015, un premier long métrage pour conter la vie singulière de quelques femmes à Gaza. Et les voici de retour avec Gaza mon amour.

L’affaire avait fait le tour du monde en 2013, un Dieu grec nu de 480 kilos, l'unique Apollon de bronze du Proche-Orient découvert à seulement quelques encablures du rivage avant de disparaitre à nouveau. Le genevois Nicolas Wadimoff y consacrait une enquête/documentaire en 2018. Gaza mon amour se plonge dans l’histoire ; à 70 ans, l’acteur Salim Dau incarne ce pêcheur à la barbe défraîchie, dindon d’une farce inestimable qui attise la convoitise du Hamas, lui qui n’a d’yeux que pour cette couturière du marché où il vend ses poissons. Leur rencontre se fera comme elles se font toujours, à tâtons, maladroite, bégayante, dans le décorum d’un Gaza militaire abîmé par le conflit. Un jeune ami lui conseille de fuir vers l’Europe par la mer, mais le vieil homme en est sûr, son futur s’écrira ici.

Trois âmes solitaires se rencontrent dans un camp de réfugiés : d’un côté l’homme et la couturière, de l’autre, l’homme et le Dieu de bronze au phallus amoché. Intimes, réprimées, drôles et symptomatiques, les histoires vont bien ensemble. Gaza mon amour devenant une subtile et malicieuse allégorie du quotidien sur cette bande de terre. Au diapason de leur ville natale, le duo de cinéastes signe une réalisation généreuse, grisonnée et bleuâtre, joliment mise en lumière et en musique, sincère, ​​maniériste presque, pour parler de piété, des traditions, du réel des Gazaouis, des espoirs déchus et des petites victoires de celles et ceux qui vivent au camp de Al-Shati.

Tout est affaire de décor et de contexte, ceux-là même qui, au détour des multiples coupures de courant par exemple, donnent à la fable sa substance géopolitique si particulière. Les frères Nasser écrivent entre les lignes, en arrière-plan. Dans Gaza mon amour, il faudra être attentif. C’est une histoire d’amour au milieu du blocus, parfaitement insignifiante et pourtant. Un chauffeur de taxi se félicite de l’arrivée des rockets, Issa ne pense qu’à sa demande en mariage. Une fable parfumée de pacifisme, et de ces petits soubresauts amoureux qui font chaud au cœur.

06.10.2021

4

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