Benni Allemagne 2019 – 118min.

Critique du film

Un hurlement d’amour

Camille Vignes
Critique du film: Camille Vignes

Réalisé après des années de documentation, Benni est le premier long-métrage de sa réalisatrice allemande Nora Fingscheidt. Présenté lors de la Berlinale de 2019 et de l’European Film Awward de la même année, il a reçu le prix Prix Alfred-Bauer pour le premier et a vu sa musique être récompensée lors du second. Porté par la jeune, intense et talentueuse Helena Zengel, Benni entend lever le voile sur un sujet trop peu abordé du cinéma: les «systèmes crashers».

Le film raconte l’histoire de la petite Benni, jeune fille de neuf ans négligée par sa mère et dévorée par une violence qu’elle ne sait plus contenir. Trop instable pour être placée en famille d’accueil, trop jeune pour être admise en hôpital psychiatrique, elle est bringuebalée de foyers en foyers. Benni est ce qu’on appelle un système crasher, une enfant incontrôlable qui pousse les instituions sociales dans leurs retranchements, laissant le système de protection à l’enfance complètement dépourvu de solution. Au milieu de toute cette violence, celle de Benni et celle du monde, un homme va lui donner sa chance. Un éducateur mué par une foi inébranlable en l’humanité, rongé par les limites de son métier, incapable de faire la différence.

Nora Fingscheidt souligne son sujet d’une mise en scène énergique, de couleurs invraisemblables, d’un découpage intimiste et d’une ambiance sonore électrique, folle, sans jamais oublier l’importance des enjeux de son sujet. Le développement de son intrigue s’enroule autour de ses protagonistes, enfermés dans des schémas qui ne cessent de se répéter. Comme fatalement destiné à revivre encore et toujours les mêmes crises, le film ne cesse de rebondir sur lui-même. De petite avancées en grandes crises, c’est l’éternel retour des mêmes démons, des mêmes (mauvaises) décisions. Témoin de ça, la réalisation s’énerve, puis se calme, use de lumières stroboscopiques et d’images subliminales en réponse aux sentiments de Benni. Le métrage ne se repose jamais.

Au milieu des hurlements de la jeune fille et de ses rares sourires, la caméra semble n’avoir qu’une seule vocation: traduire ses sentiments. Les couleurs se font symboles. Le monde se fond dans des couleurs pastel et une luminosité aveuglante, traduction d’une réalité qui ne change jamais et traduction de l’abandon. En fracture, Benni est incontrôlable, en proie à une foultitude de sentiments à chaque seconde de sa vie. Elle est agressée par monde et à leur tour, ses vêtements fluo stimulent la rétine des spectateurs pour y laisser une image brutale.

Helena Zengel, épaulée par Albrecht Schuch (respectivement Benni et son éducateur), offre une prestation d’une rare justesse pour son âge. Un diamant brut, enragé, qui explose de souffrance parce qu’il ne sait pas dire autrement son besoin d’amour et de confiance. Une tornade éprouvante qui ne s’arrête jamais. Épuisante jusqu’au point de rupture, le sien comme celui de son entourage. Benni est une petite fille excentrique, qui n’entre dans aucune case, si ce ne sont celles de la révolte et de la souffrance. Son histoire est un tourbillon qui emporte ses spectateurs dans un système social en plein bug face à un élément qu’il ne sait pas intégrer dans sa matrice.

En bref!

Avec Benni, Nora Fingscheidt empoigne un sujet difficile qui ne manquera pas d’infuser son public longtemps après son visionnage. Sa réalisation, sa mise en scène, son utilisation des couleurs et de la musique dansent pour traduire les sentiments indicibles d’une petite fille abandonnée. Un cri de détresse un brin qui dose avec finesse fatalisme et optimisme.

11.03.2020

4

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