Proxima France 2019 – 107min.

Proxima

Critique du film

Même pas la lune

Lino Cassinat
Critique du film: Lino Cassinat

Après des études de scénario à la Fémis, Alice Winocour se fait remarquer avec Augustine puis Maryland, qui lui valent quelques prestigieuses nominations. C’est donc une réalisatrice parée au décollage de sa carrière qui nous livre son nouveau film Proxima, ambitieuse coproduction quadripartite entre la France, l’Angleterre, la Russie et l’Allemagne avec Eva Green et Matt Dillon. Tout ça pour quoi?

Sarah se prépare à devenir astronaute lors d’une mission d’une durée de un an, mais à l’importance capitale pour l’espèce humaine. Mais plus que l’entraînement qui la pousse à bout, ou que les réserves sexistes de ses collègues, sa plus grande douleur est d’accepter d’abandonner sa fille Stella sur Terre.

C’est presque une caricature de projet esthétique français, mais il fallait beaucoup de courage pour oser filmer une œuvre sur l’espace, mais sans scène dans l’espace. Et on le comprend très rapidement: il ne sera pas ici question d’exploration de territoires inconnus. Alice Winocour chercher plutôt à cartographier les sentiments et les conflits d’une mère et de sa fille face à une situation potentiellement riche en ressentiment, la première acceptant de sacrifier en quelque sorte la seconde.

Le spectateur est libre de juger si la motivation de ce sacrifice est égoïste, carriériste, noble ou déchirante, bref si elle est juste ou pas, mais ce qui est intéressant dans Proxima c’est la mise en relation de l’histoire de Sarah et Stella avec l’américain Mike, astronaute vétéran et père de nombreux enfants. Le film révèle en creux que parce qu’il est un homme, c’est plus «normal» pour lui de céder à ce type de concession, et puis comme c’est un héros, c’est nécessairement pour l’humanité qu’il y consent, non?

Mais si Proxima détaille avec beaucoup de réalisme et de pudeur la position ingrate occupée par Sarah du fait qu’elle est une femme, ce n’est malheureusement qu’un élément de la toile de fond (curieusement très mis en avant lors d’un générique final pour le moins étrange). Pour tout le reste, Proxima est d’une effarante platitude. Le cœur du film, c’est évidemment la relation entre Sarah et Stella, et celle-ci est beaucoup trop lisse pour attirer l’attention, malgré les efforts notables d’Eva Green et Zélie Boulant. La faute à des situations et des conflits vus et revus mille fois ailleurs et une mise en scène qui manque tragiquement de rythme et de puissance dramatique. Proxima se veut sobre et digne, mais n’a pas la grandeur pour compenser son austérité stylistique, si bien qu’au lieu d’une statue olympienne en marbre blanc on se retrouve plutôt face à une moquette grise d’économiste en pleine rédaction d’un plan de rigueur.

Proxima s’interdit tellement de faire du drame que par ricochet il se retrouve bien embêté lors de son climax, et est obligé de faire adopter à son héroïne un comportement si grotesque pour créer artificiellement du conflit qu’il n’est pas loin de saboter son propre propos sur les hommes et les femmes. Proxima est enfin achevé par sa patte graphique, là encore beaucoup plus proche de St Maclou que de la Victoire de Samothrace: c’est bien simple, c’est probablement le film le plus laid de 2019 après Qu’est ce qu’on a encore fait au Bon Dieu, et quiconque a déjà posé un projecteur ou allumé un Ronin va probablement s’arracher les yeux devant la facture de certains plans et certains mouvements de caméra.

En bref!

Un casting investi et une poignée de dialogues justes ne suffisent pas à sauver Proxima. Après Augustine et Maryland, c’est clairement une sortie de route.

27.11.2019

2

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 11 jours

2.5: Interstella
Sara, une brillante spationaute, vient d’être sélectionnée pour la mission Proxima : rallier l’ISS et entreprendre des expériences permettant de rejoindre Mars. Accompagnée par l’Americain Mike et le Russe Anton, ses pensées sont essentiellement pour sa fille Stella, pour qui la séparation pourrait être douloureuse. Encore faut-il pouvoir partir...
La voici donc cette expérience annoncée sur comment préparer une mission spatiale. Le synopsis nous préparait à un grand plein d’émotions. Le passionné reste sur sa faim.
L’idée de donner une sorte d’âme à une telle préparation était pourtant excellente mais là où Nolan et Kaufmann avaient su nous captiver, cette approche féminine nous laisse sur notre faim, la faute à quelques séquences à mon sens surréalistes dans le cadre d’une préparation spatiale avec une fillette assez vite irritante et faisant hélas passer l’aspect scientifique au second plan.
La principale frustration vient de cette issue, qui objectivement ravit mais subjectivement rendra sceptique les passionnés de la conquête spatiale, et ce, malgré une excellente prestation d’Eva Green, et les laissera sans doute à quai à Baikonour.
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