Pinocchio France, Italie, Royaume-Uni 2019 – 125min.

Critique du film

La buche magique

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Présenté cette année en grande pompe au festival de Berlin, et initialement prévu en mars, Pinocchio trouve enfin le chemin des salles romandes après la crise du coronavirus. Rendu célèbre dans sa version Disney, Matteo Garrone redonne au conte italien sa teneur originelle.

Terminée l'incartade bavaroise entamée par Disney dans les années 40, le réalisateur italien Matteo Garrone, accompagné de Roberto Benigni, revient aux sources de l'histoire imaginée par l’écrivain italien Carlo Collodi en 1881. La légende italienne Benigni interprète ce sculpteur de bois, Geppetto, un artisan solitaire qui un jour se taille un fils dans une buche magique. Seulement, l'adolescent de bois est turbulent, et chatouillé par les vents du monde, la poupée s’enfuit, Geppetto partira à sa recherche. En chemin: une fairy, Stromboli, un renard, la baleine et le marché aux ânes se mêlent à la maestria visuelle imaginée par Matteo Garrone.

Après les pérégrinations criminelles d’un toiletteur pour chiens dans Dogman, Matteo Garrone retrouve le chemin des contes, et marche dans la brume légendaire de Carlo Collodi. Hommage sera rendu à la fable de l’écrivain florentin illustrée par Enrico Mazzanti à la fin du 19ème siècle. Une lumière sublime s’empare de chacun de ses plans, l’ancien peintre bouleverse les canons esthétiques et décroche un uppercut visuel. Visuellement, le Pinocchio de Matteo Garrone est éblouissant.

En 2002 il jouait Pinocchio, aujourd'hui Roberto Benigni interprète Geppetto. Petit artisan menuisier atrophié par l’horrible fardeau du temps, il se réveille à l’arrivée de son fils de bois. Dès ses premières apparitions, dans une échoppe baragouinant mille tartuferies pour décoter un bout de pain, Roberto Benigni rayonne. Une tragi-comédie subtile, la magie du verbe et un jeu débordant de vie, voilà qui faisait déjà le succès de son chef-d'œuvre La vie est belle en 1997. Plus de 20 ans se sont écoulés et Benigni, incarne, encore et toujours, la figure d’un grand tragédien.

Matteo Garrone reprend la trame du récit originel et l’on (re)découvre les scènes effacées par les studios Disney, celle de la pendaison de la marionnette notamment, abjecte et sublime, à l’image de la noyade. Aussi les aficionados retrouveront les entrailles de baleine et le fameux marché aux ânes. Il faudra certainement un œil averti pour apprécier l’anthropomorphisme de l'œuvre, et le film souffre presque de ses prouesses techniques. Plus proche d’un enfant à la peau de bois que de ses compatriotes automates, la parabole Pinocchio est parfois trompeuse. Une bagatelle en définitive, Matteo Garrone nous plonge dans le doux-amer d’un monde sans repère et il est normal de s’y perdre. Réalisme et surréalisme s’embrasse allégrement et Pinocchio n'est reste pas moins une fable à la beauté envoûtante.

29.06.2020

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