Perdrix France 2019 – 102min.

Perdrix

Critique du film

Et si l’amour c’était aimer?

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Présenté cette année à la Quinzaine, Erwan Leduc retrouvait les festivités cannoises avec son nouveau long-métrage «Perdrix», une comédie romantique à l’écriture absurde qui nous parle d’amour au conditionnel.

Quelque part dans les Vosges, la jeune Juliette Webb (Maud Wyler) se fait voler sa voiture par une femme entièrement nue. Nous apprendrons à la gendarmerie locale qu’un groupuscule de nudistes révolutionnaires sévit dans la région, débarrassant l'humanité du superflu environnant. Le shérif du coin c’est Pierre Perdrix (Swann Arlaud), la trentaine, pas tellement vieux-garçon, mais incapable de se dépatouiller de son frère géologue (Nicolas Maury) et encore moins de sa mère (Fanny Ardant). L’ami de la procédure tentera de mener l’enquête, mais sans aucune piste, c’est Juliette qui, à sa manière, prendra les rênes, bouleversant au passage la justice et la vie de Pierre.

Dans son environnement aux iridescences d’un genre Twin Peaks dans les Vosges, pas de Laura Palmer, juste une Juliette Webb pour troubler cette charmante bourgade. Fuyante, elle sillonne les routes à bord de son bolide orange, des carnets de notes plein le coffre dans lequel elle consigne sa vie. Alors quand elle se fait quasi carjacker sa BM, l’affaire devient existentielle. Avant de partir seule en croisade contre les nudistes, l’Amazone s’en remet de bonne foi à la police, et voilà qu’Erwan Le Duc sort un petit cupidon de derrière les fagots et tournez manège, les deux s'apprivoisent dans un ramdam à la Beckett, alors que la ville accueille une reconstitution historique. Il y a de l’absurde dans l’air.

D’une Fanny Ardant radiophonique qui, de son micro, lance Perdrix dans une séquence très cinéma, au frère géologue d’un genre Percy Fawcett manqué, à sa fille et son ping-pong, le long-métrage questionne l’amour, les relations humaines et l’inconsistance des existences avec nihilisme, égoïsme, mais tendresse, toujours. Fabcaro meet Samuel Beckett, les dialogues sont réjouissants et Erwan Le Duc approche le genre sacré de la comédie romantique avec une aisance implacable. Après Le Soldat Vierge, court-métrage à la semaine de la critique en 2016, le réalisateur retrouve une excellente Maud Wyler, l’impeccable diction d’Alexandre Steiger, un Atmen Kelif toujours en soldat, et accueille au passage un Swann Arlaud qui n’en finit plus de surprendre. Perdrix se déguste allégrement, et fait un bien fou à la comédie française.

En bref!

Une thématique universelle et maintes fois portée à l’écran, ici dans un écrin vosgien aux relens d’une pièce à la Beckett teintée des années 80. Erwan Le Duc percute et signe une réjouissante comédie amoureuse.

26.08.2019

4

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 mois

“Drôles d’oiseaux”

En pause sur le bord de la route, Juliette se fait voler sa voiture par une nudiste révolutionnaire. Ses cahiers personnels et toute sa vie étaient à l’intérieur. A la gendarmerie, elle porte plainte auprès du capitaine Pierre Perdrix, un homme doux et réservé qui vit dans une drôle de maisonnée.

La petite voiture orange qui dévale les routes vosgiennes semble déteindre sur les arbres alentour. Embellissement automnal avant une lente agonie. Au volant, une rousse en migration, intrépide et trop sûre d’elle, qui va bouleverser la routine étrange de Pierrot le fou. Autour de lui, une mère éprise d’un fantôme, un frère passionné par les vers au point d’en manger, et sa nièce, pongiste solitaire, songeant à l’internat. Une famille décomposée qui n’attend qu’un coup de foudre pour la rallumer.

Juliette – Maud Wyler – aurait pu être la petite sœur de Laura – Laetitia Dosch – qui accompagnait Gaspard au mariage. Deux personnages, comédiennes et ouvrages qui se reflètent. Une fraîcheur inattendue, une flamboyance redoutable et redoutée, dans un univers imprégné par l’absurde. On parle d’amour et de liberté dans un silence de mort. La chasse aux nudistes est ouverte sur du Vivaldi par un Perdrix. On évite les cadavres joueurs de la dernière guerre pour s’éveiller à la vie. Et cette très belle déclaration de Roméo à sa Juliette : « Tu es tout ce dont je rêvais, mais rien de ce que je pouvais imaginer. »

Malgré ses élans poétiques, le film manque parfois de consistance et s’étire en langueurs. Une intrigue plus solide lui aurait permis de prendre véritablement son envol. De quoi ressortir cette pique lancée par le frangin géodrilologue à l’agente provocatrice : « Je ne vous aime qu’à moitié. »

6.5/10Voir plus

Dernière modification il y a 1 mois


Rosalie

il y a 1 mois

Quel plaisir de découvrir un jeune cineaste
à l'univers si décapant et décalé. C'est drôle, extrêmement bien joué et même si le film souffre de quelques longueurs, on ne boude pas son plaisir. Enfin un regard original.


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