Öndög Mongolie 2019 – 100min.

Critique du film

Mise à mort des steppes mongoles

Camille Vignes
Critique du film: Camille Vignes

Les réalisations mongoles voyagent peu souvent jusqu’aux salles européennes, pourtant, celles de Wang Quan’an se sont déjà distinguées à l’occasion de festivals internationaux. Bai lu yuan avait remporté l’Ours d'Argent de la Meilleure contribution artistique lors de la Berlinale de 2012 et y avait été nommé dans huit autres catégories (notamment à l’Ours d’or, à la réalisation ou au Grand Prix du Jury) tandis que Le mariage de Tuya avait lui aussi été nommé dans les plus prestigieuses catégories de la Berlinale de 2007 et y avait remporté le Lion d’Or. Neuf ans après Bai lu yuan, le cinéaste chinois est donc de retour à Berlin pour son nouveau long-métrage, Öndög (« La femme des steppes, le flic et l’oeuf »), où il est nommé à l’Ours d’Or, du meilleur réalisateur, à l’Ours d’Argent (Grand Prix du jury), l’Ours d'Argent de la Meilleure contribution artistique, du meilleur scénario, du meilleur acteur et au Prix Alfred-Bauer.

Ce n’est que par son immensité que la végétation rase des steppes mongoles garde en elle ses secrets. Mais arpentée par ses habitants, dans Öndög («La femme des steppes, le flic et l’oeuf») elle ne réussit pas à garder en elle cette femme assassinée. Retrouvée nue, morte, au milieu de ce nulle part glacial, une enquête est ouverte, et sur les lieux, est dépêché pour garder la scène de crime un jeune novice de la police locale. Novice qu’une bergère vient aider à protéger et sécuriser les lieux.

Au rythme des vents glacials balayant ces lieux désertiques, au rythme des journées et des nuits interminables, comme gelées par le froid, Wang Quan’an dresse un portrait contemplatif des steppes mongoles. Des plans d’une beauté irréfutable, filmés avec tant de distance que la froideur des lieux déborde par tous leurs pores. Dans ces images grandioses, sublimes, viennent se perdre de folles idées de compositions, souvent appuyées d’un habillage sonore remarquable. Passant du silence écrasant des immensités mongoles au bruit assourdissant du vent, quelques notes de musiques connues s’élèvent de temps en temps pour créer des ambiances étranges ainsi que de rares scènes comiques. Comme ce soudain morceau d'accordéon joué pour une policière. Ou encore cette scène où l’on voit, au loin, le policier danser autour du cadavre, certainement pour se réchauffer, que Wang Quan’an affuble, successivement et sans transition, d’une musique chinoise puis d’un morceau rock.

Malheureusement, aussi fulgurants que soient certains moments de réalisation, aussi superbes et insolites soient ces images de plaine, cette vision d’une civilisation isolée n’est jamais plus qu’anecdotique. De la découverte du corps inerte et nue, à la naissance d’un petit veau, de la mise à mort d’un mouton aux scènes de sexe, Wang Quan’an ne donne jamais plus à voir que des bribes de scènes quotidiennes. Sa caméra n’entre jamais dans la psyché des personnages. Tant et si bien qu’on a plus souvent l’impression d’être face à un très beau documentaire qu’un film. Son ouverture était pourtant envoutante. De nuit, une caméra subjective dans une voiture avance lentement et inéluctablement vers le corps mort de la jeune femme. Mais en éclatant sa trame narrative, le regard posé sur les habitants des steppes mongoles, leur quotidien et la découverte de ce meurtre tient plus de la sociologie qu’autre chose. Rien ne provoque jamais d’émotions véritables. Aucun personnage n’est attachant car rien ne permet de se projeter en eux. La caméra impose trop de distance avec eux pour créer quoi que ce soit de réellement mémorable. Ne restent qu’une très belle idée de la réalisation, de la mise en scène et de magnifique paysages.

En Bref !

Öndög essaie plus de dire que tout est là depuis la nuit des temps, du souvenirs de dinosaures disparus à la nécessité de faire perdurer la vie que de raconter une quelconque histoire. Trop contemplatif pour embarquer complètement le spectateur, Wang Quan’an offre quand même une petite leçon de cinéma, de mise en scène et de réalisation.

18.02.2020

3.5

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