La Communion Pologne 2019 – 115min.

Critique du film

La parabole divine

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Le cinéma polonais nous concocte souvent de petites perles. Cette fois-ci, Jan Komasa propose une chronique semblable à un uppercut, si bien placé qu’on peine à se relever d’une telle pellicule.

Daniel a 20 ans, un jeune délinquant parqué dans un centre de redressement. Un passé sulfureux qui lui ampute une bonne partie de son avenir professionnel. Au contact du Père Tomasz, Daniel se découvre une vocation spirituelle, mais il lui est impossible d’accéder aux études de séminariste. Un jour, sous l’impulsion de Père Tomasz, il est envoyé dans une petite ville pour travailler dans une menuiserie. Par pur hasard il débarque dans une église et se fait passer pour un prêtre, prenant du même coup la tête de la paroisse. Dans cette petite ville, son instinct et sa verve en feront un prédicateur respecté.

Des personnes qui s’agglutinent dans une église, mais une paroisse qui peine à fidéliser des croyants. Un curé alcoolique qui s’ouvre à un jeune prêtre, un imposteur nommé Daniel (Bartosz Bielenia). Alors que sa mascarade est à ses prémices, il découvre un secret qui ronge le petit village polonais: un tragique accident de la route qui a ôté la vie à 6 jeunes, 7 avec le conducteur exécré jusque dans sa tombe. Daniel y voit une manière de confronter les uns et les autres, de réunir un petit village marqué par la mort.

Le plus drôle dans tout ça, nous vient de cette plaisanterie d’un jeune en perte de vitesse, totalement en roue libre, dorénavant prêtre respecté. On prie pour sa chute, on prie pour sa réussite aussi. Furieux, habité, conscient qu’il est doté d’un talent d’orateur hors du commun, Daniel vit son personnage, comme un air d’atavisme religieux, et s’enlise dans son mensonge. Un jour ou l’autre, le passé refait surface. Pour l’incarner, Bartosz Bielenia se sublime, derrière son regard bleu, électrique, presque hypnotique. Son air, plus il s’enfonce dans le mensonge, se meut en figure christique, comme si Daniel se muait en double divin. Maniant les mots avec brio, captant les regards de tous, l’élégie se transforme en discours endiablé, enfiévré.

La structure du scénario, signée Mateusz Pacewicz, se profile comme une habile visite des états intérieurs de chacun. Le passé revisité avec beaucoup de subtilité et une critique des autorités et les conflits des classes sociales. Brûlot social en forme de confession transformée. Le pouvoir religieux pour nous étrenner le spectre d’une société malade. «La vie n’est qu’une parabole de la distance que nous avons pris avec Dieu» explique Daniel. De cette parabole divine, de ce mensonge éhonté en sort une histoire magnétique, asseyant un peu plus le brio d’un cinéma polonais toujours plus passionnant et radical.

En bref!

Jan Komasa nous démoule une petite merveille de radicalité, d’intériorité. Porté par Bartosz Bielenia, acteur fascinant par son faciès et sa dégaine quasi unique, La Communion est un uppercut visuel et narratif.

03.02.2020

4.5

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