Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part France 2019 – 90min.

Critique du film

Quand le chaos flotte insidieusement

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

En adaptant l'œuvre d’Anna Gavalda, Arnaud Viard parle d’un souffle saccadé, d’un trop-plein. Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part se meut en chronique familiale, douce et radicale, comme un ciel nuageux prêt à laisser place à l’orage.

Une belle maison familiale, alors que l’été touche à sa fin, une famille se regroupe pour fêter les 70 ans d’Aurore. Entourée de ses 4 enfants, elle est fière de ses rejetons. Il y a Jean-Pierre (Jean-Paul Rouve), l’aîné qui a dû prendre la place du chef de famille après la mort du paternel; il y a Juliette (Alice Taglioni), enceinte de son premier enfant et professeur; il y a Margaux (Camille Rowe), la photographe au caractère affirmé; il y a Mathieu (Benjamin Lavernhe), amoureux de Sarah, timide à souhait et profondément angoissé. Une famille avec ses hauts et ses bas, ses mésententes et ses rires. Mais un jour, une décision va tout chambouler.

Si vous connaissez la plume d’Anna Gavalda, vous saurez que les fratries la bottent, qu’elle conte la banalité avec une certaine aisance. Arnaud Viard adapte son roman éponyme d’une manière intéressante, presque fractionnée, se lisant - ou se visionnant - comme un film aux multiples chapitres. Il y a comme un souffle, un étouffement qui ne fait qu’intensifier. Viard se débarrasse du récit prolixe, préférant fonctionner par à-coup, à travers une chronique familiale très sobre, très douce. Mais derrière la douceur se cache un grand vide. Tous autant qu’ils sont, les différents acteurs transmettent cette sensation de famille soudée. Mais quelque chose coince…

Comme son titre - à rallonge - l’indique, il y a l’absence, la solitude en surface. Le récit, à travers ce souffle saccadé, dépeint sans détour, de manière sous-jacente et sans en rajouter, le fonctionnement parfois individualiste d’une famille dite nombreuse - la plume de Gavalda se sublime en se faufilant entre les différents destins. Un long chemin tortueux où l’on espère une présence, une personne pour nous accompagner, avant que le point de rupture ne soit irrémédiable. Il y a une justesse à la François Ozon, la verve et la précision en moins; il y a un penchant pour les écrits de Christian Bobin, et cette citation qui nous vient à l’esprit: _«La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme.»_

Bien que Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part ne révolutionne pas le genre, il s’y dégage une vraie sincérité. Un destin rêvé, une romance qu’on rate ou une vocation qu’on préfère enfouir pour embrasser une existence plus traditionnelle. Traverser la vie sans qu’on ne prenne le train, le quai comme meilleur ami. Cruelle ou perfide, la grande claque que la vie vous assène vous violace la joue, pour vous mettre à terre, si abruptement. C’est en ces mots que le film peut se décrire, guidé par un sous-texte à la réalité froide.

En bref!

Les nouvelles d’Anna Gavalda parlent des gens et des situations banales de la vie. Arnaud Viard s’en empare pour constituer une œuvre fugace, parfois trop, mais sincère, bouleversante par instant. Une distribution intéressante, Jean-Paul Rouve en tête de gondole, et un thème exploité sans fioritures. Un travail accompli et tendre.

21.01.2020

3.5

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Commentaires

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Eric2017

il y a 1 mois

Je n'ai pas lu le livre, mais je peux dire que ce film est émouvant et très bien interprété par J-P Rouve qui dans son rôle est absolument époustouflant. On y rit, on y pleure, on y souris, le tout dans une ambiance familiale dont chaque personnage fait raisonnance avec nos vies. Très très beau film. (G-25.01.20)Voir plus


vincenzobino

il y a 1 mois

J’aurais pu vous trouver très beau
La réunion de famille des Armanville pour fêter l’anniversaire de la mère Aurore permet à ses 4 enfants et leurs familles de se réunir : Jean- Pierre ayant connu un amour de jeunesse apprend alors une nouvelle le bouleversant. Pour ses soeurs Juliette désireuse d’écrire et Margaux de photographier des gens ordinaires, et son frère Matthieu venant de perdre sa virginité, cette rencontre bouleversera l’équilibre.
Le voici donc ce portrait en plusieurs étapes sur la vie familiale inspiré de Ana Gavalda. La bande-annonce attirait mon attention et suscitait une interrogation : comment adapter chaque nouvelle composant le livre et y inclure une place équitable? Comme je le craignais, bien que touchant, l’adaptation n’est pas réussie.
L’ouverture sur la fête familiale est déjà une rupture qui nous fait clairement comprendre que nous aurons affaire à une adaptation libre. Dès lors, on entre dans les deux poids et deux mesures: si le contenu est très bien interprété (notamment Lavernhe exquis en puceau et surtout Elsa Zylberstein rayonnante) et que la place de la discorde est assez bien évoquée, deux éléments troublants pour le lecteur se mêlent alors, l’un parlant de la mort soudaine et le second omettant une séquence en auto-stop.
Du coup verdict nuancé pour l’adaptation, mais la proposition se laisse voir pour autant que vous ne soyez pas endeuillé(e)s.Voir plus


image21

il y a 1 mois

Un ratage total ! qu'une séries de clichés, des acteurs qui essaye de rendre crédible des scènes qui frise le ridicule, un musique sirupeuse à souhaite, un photographie d'une laideur indicible, un vieux téléfilms de gros plan...bref à fuit


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