Benedetta France, Pays-Bas 2019 – 131min.

Critique du film

Un portrait de femme à la Verhoeven

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Paul Verhoeven ajustait son cinéma avec Elle, offrant un rôle d’anthologie à Isabelle Huppert. Avec Benedetta, présenté à Cannes, c’est le retour d’un portrait de femme comme il les aime: sulfureux et manipulateur.

Au 17ème siècle, alors que la peste se propage en Italie, la jeune Benedetta Carlini (Virginie Efira) rejoint le couvent de Pescia, en Toscane. Depuis son plus jeune âge, Benedetta est capable de miracles et sa présence au sein de sa nouvelle communauté va changer le quotidien des sœurs.

La croyance en point de mire, la femme qui découvre le plaisir et laissant transpirer ses inclinations manipulatrices; «Benedetta» offre un étonnant cocktail de croyances viscérales. Un film adapté du livre «Sœur Benedetta, entre sainte et lesbienne» de l’historienne américaine Judith C. Brown; le mysticisme - clin d’œil au métrage «Le Quatrième homme» (1952) - qu’incarne le personnage de Benedetta va doucement glisser vers l’extase des corps et sa délicieuse immersion sulfureuse. Verhoeven, et avec une posture auteuriste façon cinéma français, brasse des thèmes et s’amuse à dessiner une œuvre provocatrice et parfois perverse.

Porté par une excellente Virginie Efira, «Benedetta» prolonge les accents manipulateurs (déstabilisants dans le ton) d’un cinéaste toujours clivant en matière d’opinion générale. Mais difficile de ne pas reconnaître sa patte, son univers, s’entourant d’actrices courageuses. Charlotte Rampling est géniale en mère supérieure et suspicieuse à souhait. Et d’un coup de baguette magique, Paul Verhoeven manie le drame et le comique, souvent outrancier dans sa mise en scène, mais précis, à la mécanique d’orfèvre. Le Batave triomphe!

19.07.2021

4

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 mois

“La religieuse”

Dans l’Italie du XVIIe siècle, la jeune Benedetta entre dans les ordres. Affirmant être élue de Dieu, elle deviendra une mystique vénérée par certaines et abhorrée par d’autres.

Dissimulée dans l’ombre d’IsabElle Huppert, Virginie Efira jouait sous l’œil de Paul Verhoeven une bigote cruche qui, en une phrase finale, s’illuminait d’une ambiguïté perverse. Le Hollandais violent sous le charme choisit de béatifier l’actrice belge cinq ans plus tard.

Bible, sexe et sang, de quoi alimenter sans peine un cocktail batave explosif et placer Benedetta au panthéon des femmes fatales qu’affectionne tant le réalisateur. Mais, en dépit d’un personnage historique sulfureux et de comédiennes investies, l’hérésie annoncée ne renverse guère. Oscillant entre le baroque et le gothique, elle suscite davantage le rire que le malaise. Sainte vierge éblouie ou putain manipulatrice, l’héroïne se dévergonde dans un univers kitsch aux allures parfois grotesques. Son époux spirituel, le preux chevalier Jésus, ressemble à un fidèle de Kaamelott. Les crises de foi de la possédée ne font aucunement craindre l’apparition de l’exorciste. Quant aux étreintes charnelles entre les murs du couvent, elles rappellent quelques clichés érotiques liés au genre laissant les nonnes s’émoustiller gaiement. La relation entre la blonde virginale et son double inversé Bartolomea, brunette provocante, aurait mérité davantage de trouble et de mystère. Si l’humour et l’ironie caractérisent également le cinéma de Verhoeven, on l’avait connu plus subtil dans sa quête du sacrilège et les questions qu’il nous infligeait. Une déception donc qui n’engage pas à la crucifixion de l’homme ni à sa canonisation.

(5.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 1 mois


alphea_t_

il y a 2 mois

Quelle déception ! Tout sonne faux malgré les belles images. Au début on se laisse entraîner avec l'espoir de vivre des émotions intenses. Charlotte Rampling est toujours aussi magique et on attend de découvrir toute cette vie des nonnes. Et puis tout devient un méli-mélo touffu dans lequel (évidemment puisque le réalisateur est un homme) la meilleure jouissance d'une femme reste la pénétration et est donc tributaire d'un pénis, fut-il en bois (!) Bof, là j'ai continué à regarder le film et ai réalisé que tout sonnait faux. Temps perdu quoi !Voir plus


vincenzobino

il y a 2 mois

4.5: Catholic Instinct
XVIIéme siècle, Pescia en Toscane: Benedetta, entre à l’âge de 10 ans au couvent dirigé alors par la Mère Felicita et y grandit. 18 ans plus tard, l’arrivée de Bartolomea et de phénomènes étranges, la visite de l’évêque et une épidémie de peste pourraient bien mettre à mal la communauté toscane.
Le voici donc ce nouvel opus de Verhoeven mettant à mal l’église catholique. Inspiré de faits réels, l’expérience s’avère marquante.
Comment réécrire l’un des deux Evangiles en modifiant le sexe du Messie et en quelque sorte se moquant des Saintes Écritures? Le pari s’avère gonflé mais il est à mon sens brillamment relevé grâce tout d’abord à une reconstitution assez impressionnante avec une certaine satire sur les visions de notre prophète en aube courte; puis par la qualité artistique et musicale avec adaptation de chants sacrés, mais surtout par le casting féminin éblouissant avec Palme personnelle à Daphne Patakia incroyable.
Si la première heure semble assez lente, elle ne laisse pas présager des virtuoses vingt dernières minutes et il faut attendre le début du générique pour en mesurer la portée.
A recommander vivement si, comme moi, vous avez un esprit très critique sur certaines méthodes catholiques de l’Epoque.Voir plus


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