Babyteeth Australie 2019 – 117min.

Critique du film

Romance supersonique

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Réalisé par l’excellente Shannon Murphy, Babyteeth (Milla) est un long-métrage d’une sensibilité rare, la romance supersonique entre une jeune adolescente gravement malade et un dealer de drogues. Porté par un brillant casting, Babyteeth saura vous surprendre.

La voilà contrainte aux perruques et aux pilules anti-vomissements, et alors qu’elle saigne du nez sur un quai de gare, Milla (Eliza Scanlen) rencontre Moses (Toby Wallace) qui lui propose sa chemise et un peu de réconfort. Tout les oppose; les étoiles contraires s’attirent et se déchirent, nul ne sait véritablement combien de temps il reste à Milla, mais une chose est sûre, elle s’est trouvée un compagnon de route et entend bien s’y accrocher. Sorte de chien sauvage pris dans la volte de Milla; n’en déplaise à ses parents et leur conformisme bourgeois, désormais il faudra composer avec Moses, pour le meilleur et pour le pire.

Récemment à la barre de deux épisodes de la série Killing Eve, Shannon Murphy est une habituée de la télévision, mais elle signait en 2019 Babyteeth, son premier long-métrage. Nominé pour un Lion d’Or à Venise la même année que Joker, et après avoir presque tout raflé au AACTA (prix du cinéma australien), le métrage de l’australienne réalisait un parcours en festivals absolument impeccable et ce jusqu’à émouvoir la foule au tapis vert du festival de Zurich.

Un film qui aurait dû inaugurer la réouverture prévisionnelle des cinémas helvétiques du 24 mars dernier; Babyteeth se fait désormais attendre en Suisse romande. Un long-métrage dont émane toute la beauté innocente des premiers films, une insouciance aussi dans le déroulé narratif découpé en chapitres. Une réalisation pastel, édulcorée pour deux heures d’une histoire sensible, deux heures incontrôlables d’une romance supersonique où l’excellence de ses acteurs se mêle à la maestria du langage cinématographique proposé par Shannon Murphy.

La perdition et la morphine du père (le très touchant Ben Mendelsohn) ou les illusions et les somnifères de la mère (Essie Davis elle aussi excellente) qui tentent de faire sens et d’accepter l’inimaginable, alors qu’un chien sauvage se mêle à l’équation de leur fille. À ce jeu, Tobby Wallace (décoré du Marcello Mastroianni Award à Venise) livre une prestation de l’ordre du diamant brut, en tandem avec Eliza Scanlen (Milla), les voilà qui brillent. Jusque dans une scène de clôture face à l’immensité de l’océan, la métaphysique de Babyteeth est d’une violence poétique, douce et presque réconfortante. Sorte d’accélérateur de conscience, Babyteeth vous réveille et vous cueille. Quel film!

26.03.2021

4.5

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 5 mois

“This is a love story”

Quand la lycéenne Milla rencontre le farouche Moses, elle ne peut être attirée que par son énergie et sa vitalité. De quoi lui faire oublier un temps le mal qui la ronge.

Sur un quai de métro, la jeune fille hésite. A l’approche de la rame, sa cadence respiratoire accélère. Il suffirait juste d’un mouvement, d’un petit pas pour… Mais en lieu et place, c’est lui qui la bouscule et frôle avec audace les wagons qui circulent. Un choc pour un coup de foudre entre ce garçon sauvage et une cancéreuse au bout de sa vie.

Une romance adolescente qui, sur le papier, fait craindre le pire. Mais l’approche choisie évite autant que possible les clichés liés au genre. Bal de fin d’année, chimiothérapie, perruque, infidélités et faux espoirs sont certes évoqués, mais laissés en suspens, camouflés dans les ellipses. L’intérêt est ailleurs et notamment dans les personnages gravitant autour. Un petit monde nuancé qui, en quelques scènes allusives, gagne en épaisseur. Les parents de Milla ressemblent à ceux de Juno. Aimants, discrets et maladroits, ils acceptent comme ils le peuvent le Roméo dépendant de leur fille. Quitte à lui refiler leur propre Xanax et morphine pour qu’il ne disparaisse pas. Saynètes potentiellement scabreuses mais traitées avec humour et une certaine légèreté. Rappelant fortement l’élan poétique du sensible This is not a love story d’Alfonso Gomez-Rejon, Milla s’étiole néanmoins sur la longueur. Rattrapée par son sujet, le film perd, à l’image de son héroïne, force et fraîcheur.

(6.5/10)Voir plus

Dernière modification il y a 5 mois


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