CH.FILM

African Mirror Suisse 2019 – 85min.

Critique du film

Miroir des désirs biaisés

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Mischa Hedinger offre une vision dépoussiérée du colonialisme. L’intérêt se porte sur les différentes couches du film, compilant une critique, une réhabilitation, voire encore de la nostalgie. Un essai plutôt qu’un film.

Pendant plusieurs décennies, René Gardi (1909-2000) a fait découvrir le continent africain et ses habitants aux Suisses. Des livres et des émissions télévisées, des films qui ont proposé une vision pure de l’Afrique. Un pan de terre soi-disant intact que Gardi dévore avec ses yeux et son âme d’artiste. Le film retrace l’histoire de l’image coloniale de l’Afrique des années auparavant, comme un reflet d’une époque difficile à ignorer.

S’emparer d’archives pour en faire son film. Peter Jackson s’était fendu d’un documentaire intitulé They Shall Not Growd Old en colorant les images de la Première guerre. Dans African Mirror, c’est également une compilation riche en archives. René Gardi vu par Mischa Hedinger, sous un axe de relecture des clichés fournis par Gardi au monde occidental, qui démontre que nous avons à affaire à un homme qui cherche à refléter une forme d’existence pure des indigènes, comme cette innocence - si nous osons l’expliquer ainsi - des tribus qu’il filme sans discontinuer.

Gardi, photographe, auteur, explorateur, ces nombreuses casquettes font de lui une icône en suisse alémanique. Sa vision a souvent été prise en compte, mais elle demeurait biaisée, voire raciste, voire pédophile. Car l’homme n’était pas un saint - il fut même condamné pour violences sexuelles en 1944, alors qu’il était enseignant. Bien entendu, African Mirror n’est pas un discours panégyrique sur l’homme, mais bien une déconstruction du «mythe» René Gardi par un jeune cinéaste de 36 ans, intrigué par la vision de son aîné, à l’origine de l’opinion des Suisses dans les années 40 et 50. 


Une voix off qui relate les écrits du chercheur, un morceau anthropologique qui permet à Hedinger de constituer son documentaire tel un essai… anthropologique. Un métrage qui extrait ces idées reçues il y a plus de 50 ans, qu’il fait défiler grâce à un regard intransigeant. Sans goûter à la diatribe facile. Ceci n’est pas un manifeste anti-Gardi, un discours professoral démontant son sujet, mais bien en établissant une connexion entre Gardi lui-même et sa vision biaisée d’un peuple qu’il a exagérément étudié comme des êtres primitifs. De ce postulat, African Mirror est un documentaire réussi.

12.11.2020

3.5

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