Cold War France, Pologne, Royaume-Uni 2018 – 88min.

Cold War

Critique du film

Un poème magistral !

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Un nouveau film signé Pawel Pawlikowski vaut (toujours) son pesant d’or. Avec Cold War, présenté en compétition cannoise, le cinéaste polonais revient (après le très beau Ida) avec une oeuvre encore plus sublime, toujours plus profonde et précise. Le cinéaste polonais traite d’un amour à l’époque de la guerre froide, entre la Pologne des années 50 et le Paris d’après-guerre. Un hommage doux et amer à ses parents.

En 49, à travers les longues plaines enneigées et silencieuses, des airs de lemkos résonnent dans une camionnette. Wiktor (Tomasz Kot) écoute avec attention et loue la beauté du morceau. Musicien de talent, il est à la tête d’un projet folklorique, celui de regrouper une douzaine de chanteurs et danseurs pour créer un groupe. Des artistes triés sur le volet et représentant la Pologne rurale des années 50. Les concours pour dénicher les perles rares arrivent au compte-gouttes. Le regard de Wiktor s’arrête sur une jolie blonde appelée Zula (Joanna Kulig). Le coup de foudre instantané !

Les auditions passées, Wiktor et son projet folklorique partent à l’aventure à travers de nombreuses villes. Un succès aussi instantané que cet amour entre Zula et Wiktor. La troupe est même invitée à Berlin pour le festival de la jeunesse. Tout s’enchaîne et les instances politiques souhaitent s’emparer du phénomène et véhiculer davantage de valeurs politiques à travers les chants joués par la troupe. Un détail que Wiktor refuse d’instaurer. Il veut de l’art populaire et authentique. Point barre. Un musicien passionné, épris de liberté, la vraie, celle qu’il souhaite connaître aux côtés de sa moitié. Mais l’époque ne s’y prête pas. Par la force des choses, leurs chemins se séparent…

Nous le retrouvons en 1954 à Paris, au bras d’une autre, ceux de Juliette (Jeanne Balibar). Le Paris bohème, merveilleux musicalement, merveilleux culturellement, foisonnant de soirées mondaines où le champagne coule à flots. L’endroit parfait pour Wiktor. La liberté est au rendez-vous, mais l’amour n’est pas le même. Le grand Paris, sublimé par cette somptueuse photographie en noir et blanc, là où l’amour est mis à rude épreuve, a quelque chose de déchirant. Un poème sublime et terrible à la fois, d’une justesse admirable. Le couple formé par Zula et Wiktor, brisé par la guerre, a quelque chose d’unique et d’harmonieux. La romance est à son apogée sous la houlette de Pawlikowski. La pureté du cadre, la poésie des sentiments, cette mélancolie silencieuse, Cold War est une fresque à part.

En bref ! En dédicaçant son film à ses parents Pawlikowski fait preuve d’une pudeur saisissante. La manière dont il explore la complexité de l’amour et la propagande de l’époque, amène une réelle dimension authentique et solennelle. Une manière de découvrir les fractures amoureuses dans son état le plus brut. Avec Cold War, le cinéaste polonais s’approche dangereusement du chef-d’oeuvre, croyez-nous !

04.10.2018

4.5

Votre note

Commentaires

Vous devez vous identifier pour déposer vos commentaires.

Login & Enregistrement

Rosalie

il y a 2 mois

Mélo magistral au noir et blanc envoûtant sur une époque qui semble lointaine. Les acteurs sont magnifiques et la slavitude au rendez-vous.


CineFiliK

il y a 1 an

« Rhapsody in black »

Le compositeur Wiktor remarque très vite le charme piquant de Zula, jeune choriste au passé trouble. Elle est la femme de sa vie. Il sera son homme. Mais le temps et l’histoire chahuteront leur destinée commune.

Un chant traditionnel, éructé plus mal que bien par un vieux paysan polonais, déchire l’écran. En 1949, le pays, broyé par la guerre, se doit de retrouver ses racines. Pour en être fier, on fait interpréter ce folklore local par une jeunesse campagnarde choisie, belle et harmonieuse. Le spectacle séduit la foule et les instances communistes. L’art populaire devient propagandiste. De quoi encourager la fugue. Quelques années plus tard, à Paris, c’est le jazz et le rock qui libèrent les esprits. On danse, le temps d’oublier. Malgré les peines et les trahisons, l’envie, encore et toujours, d’aimer et de chanter.

Paweł Pawlikowski aligne les perles blanches sur un fil noir. Contrairement à Ida, son film précédent, ce collier d’images sublimes n’emprisonne pas son sujet dans un carré fixe et asphyxiant, chaque scène étant animée par la musique. A coups d’ellipses vivifiantes, qui mêlent le drame à l’enjoué, il compose une rhapsodie passionnelle et bouleversante, dédiée à ses chers parents.

8/10Voir plus

Dernière modification il y a 1 an


Autres critiques de films

Le Mans 66

Joker

Midway

Retour à Zombieland