Un homme pressé France 2018 – 107min.

Un homme pressé

Critique du film

Puissant par le statut, faible par la santé

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Non, il n’est pas question du morceau de Noir Désir. Le single très populaire de la formation française aurait-il inspiré Hervé Mimran ? Pas sûr du tout. Ici, un homme d’affaires incarné par un formidable Fabrice Luchini, joue sa santé au travail. L’homme cravache, trop, et sera la victime d’un AVC. Au réveil, la vie est bien différente ...

Les grands businessmen oublient leur propre santé au profit d’une productivité au travail presque inhumaine. Alain Wapler (Fabrice Luchini) voue corps et âme à son activité professionnelle de grand industriel dans le milieu automobile, et joue avec sa santé de plus en plus fragile. Mais le corps est toujours là pour vous rappeler votre bêtise. L’homme d’affaires va subir un AVC et n’en sortira pas tout à fait indemne. Il héritera de quelques troubles de la parole et de la mémoire.

Toujours est-il que Mimran a tissé une toile dont son principal personnage a du mal à s’extraire. Le dénommé Alain est en plein dedans, comme figé dans un piège que la vie lui a tendu. Un rappel à l’ordre qui a failli lui être fatal sans la présence d’esprit de son chauffeur. Une minute de plus et Alain aurait quitté la surface du globe. Un nouveau départ, mais avec son lot de surprises désagréables. C’est dorénavant avec de graves séquelles de langage que le retour sur terre s’amorce, en compagnie d’une orthophoniste, Jeanne (campée par une Leïla Bekhti en demi-teinte), avec qui il va nouer une amitié primordiale pour son développement.

Un Homme pressé traite d’un sujet grave, celui du surmenage. À force de courir après la montre, elle vous rattrape pour vous réduire en miettes. À partir de ce postulat, il n’est plus question de rire, mais le film aborde l’histoire par le prisme de l’humour. Nous assistons à un one-man-show de Fabrice Luchini impressionnant dans sa diction et dans son jeu généreux. Le rôle est d’autant plus difficile, car Luchini se joue des mots, les transforme et les mélange comme la victime d’une attaque cérébrale qu’il est. C’est là que le film use d’une trame comique efficace, comme celle d’inverser les lettres de chaque mot pour arriver à un résultat bien comique. “Psychopathe” pour “psychologue”, ou “Geneviève” pour “Genève”. Vous voyez le tableau ?

Grâce à la maîtrise du routinier Luchini, Un Homme pressé est attendrissant, malgré son moule préfabriqué de comédie dramatique française légèrement facile. Hervé Mimran ne cherche pas à réinventer le cinéma, certes, mais son traitement sans prétention le rend touchant, tout comme le personnage irascible d’Alain Wapler. Autour de lui, l’homme qui menait un train d’enfer fait planer un message : regarder ce qui vous entoure, vivre sa vie pleinement et profiter des siens.

En bref !

Grâce à la performance de Fabrice Luchini, Un Homme pressé reste un divertissement agréable. Touchant et drôle à la fois, Hervé Mimran explore le sujet sans prétention, et place quelques séquences bien senties.

08.11.2018

3

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 8 jours

Saint-Jacques-La Mecque
Alain est PDG d'une grande firme automobile: une vie incessante entre de multiples rendez-vous et conférences qu'un AVC vient brusquement interrompre à deux semaines du salon de Genève où un nouveau modèle électrique doit être présenté. Jeanne, l'orthophoniste chargée de s'occuper de lui pendant sa rééducation attend elle de connaître sa mère biologique l'ayant abandonnée. Elle va tenter de lui venir en aide mais comment pénétrer cet univers misanthrope quand en plus la fille de l'entrepreneur, Julie, souhaiterait réaliser un rêve spirituel.
Comment se refaire après un AVC et tenter de retrouver sa vie d'avant? Plusieurs types d'attaques subsistent mais dans ce cas c'est la diction qui est touchée, donnant lieu à de savoureux dialogues. Sur un plan médical, le sourire dégagé par certaines phrases ou termes inversés interloque par le fait que n'importe qui pourrait en être atteint (une connaissance proche l'a eu et avait perdu la parole durant deux semaines) et la rééducation s'avère ici élémentaire.
Et c'est sur ce point que le film frappe fort: pendant les dix premières minutes, vous n'allez pas aimer Alain, y compris pendant la séquence de l'AVC proprement parlé. Puis, au fur et à mesure des événements, une empathie naissante va monter crescendo jusqu'à l'ultime quart-d'heure et un voyage de toute beauté.
Luchini est prodigieux: tant par sa diction incroyable que son attitude vis-a-vis de ses anges gardiens (dont un chien bouleversant, véritable héros du film). Leila Behkti est également magnifique et la courte apparition de Géraldine Nakache est marquante, preuve qu'un pèlerinage, s'il peut être atteint, offre une facette de récompenses.
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