Sophia Antipolis France 2018 – 98min.

Sophia Antipolis

Critique du film

Sous le soleil

Lino Cassinat
Critique du film: Lino Cassinat

L’errance d’êtres en perdition dans la ville de Sophia Antipolis. Coincé entre la mer Méditerranée, la forêt et les montagnes, c’est un petit bout de paysage français. Sous un soleil aveuglant, le cinéaste Virgil Vernier met en scène des hommes et des femmes en quête de sens, de lien social et d’une communauté. Sur leur chemin, ils croiseront le destin d’une jeune fille disparue.

Il apparaît assez vite que malgré le talent et la belle particularité du cinéma de Virgil Vernier, ce Sophia Antipolis ne fonctionne pas totalement. Si l’on est tout à fait d’accord pour dire que filmer rien ce n’est pas rien filmer, Sophia Antipolis fait tout de même preuve d’une ascèse et d’un mystère qui joue contre lui. Les problèmes ne sont pas tant que les personnages soient aussi fins et transparents que du papier à cigarettes (au contraire, c’est une démarche volontaire de mise en scène que l’on salue), ni même que les histoires de ceux-ci soient à peine balbutiantes (encore une fois, c’est le principe même de cette mise en scène), mais plutôt que Sophia Antipolis soit redondant et ambigu.

Qu’on nous présente une femme isolée se faisant recruter dans une espèce de secte ou un vigile de nuit embarqué dans une milice civile violente et xénophobe, Sophia Antipolis ne semble jamais jouer totalement franc jeu quant au regard qu’il porte sur ses protagonistes. Hormis l’adolescente à la recherche de sa meilleure amie probablement assassinée (le meilleur segment du film), tous sont filmés avec froideur et recul, comme à bout de bras, pour maintenir l’empathie à distance.

Une démarche qui interpelle parce qu’elle refuse au spectateur la possibilité d’entrer en connexion avec eux, de librement essayer de comprendre la pulsion qui anime des actes discutables. Il suffit d’une introduction auprès d’une série mécanique d’adolescentes voulant se faire refaire les seins, d’une descente illégale chez un pédophile ou dans un camp de migrants pour se rendre compte que Sophia Antipolis pose problème en brocardant des situations complexes.

C’est que Sophia Antipolis n’arrive pas pour sa majeure partie à véritablement lier la violence symbolique de son lieu, technopole cyclopéenne moderne pleine d’activités et vide de vie, avec l’aliénation voire la violence de ses personnages, qui apparaît alors comme gratuite; et le regard du film est à deux doigts d’être parfois un peu méprisant, même si c'est involontaire, au lieu de se montrer compréhensif. Restent tout de même quelques belles errances nocturnes dans l’ossature d’une ville morte, et un dernier segment plus abstrait, explosif et terrassant.

En bref !

Loin d’être inintéressant, Sophia Antipolis a tout de même du mal à transporter à cause de sa drôle de posture.

04.12.2018

2.5

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