Rojo Argentine, Brésil, France, Allemagne, Pays-Bas 2018 – 109min.

Critique du film

Polar et corruption à ciel ouvert

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Présenté au festival de Toronto et à San Sebastian, Rojo est ce polar racé, à la patte sociale dévastatrice. Son auteur, Benjamin Naishtat, en tire une histoire sombre et brosse le portrait d’un avocat respectable, complice d’un pays gangrené.

En 1975, en Argentine. Claudio (Dario Grandinetti) est cet avocat respecté, à la vie bien rangée, marié à Susana (Andrea Frigerio). Un soir, il croise la route d’un inconnu. Une altercation éclate et tout s’emballe, tout part à vau-l’eau. Un temps verbale, elle deviendra physique. Claudio, en bon avocat, tente d’étouffer l’affaire, terre son secret le plus loin possible de la foule. La petite manigance reste bien enfouie jusqu’à l’arrivée du détective Sinclair (Alfredo Castro).

Se jouer des lois, flirter avec l’illégalité, les avocats ont cette faculté. L’instinct manipulateur, équilibriste des lois en vigueur. Claudio est de cette trempe, figure locale de son petit patelin. Sa rencontre fugace et musclée avec un inconnu durant un dîner va mettre à rude épreuve ses qualités d’avocat. Une prise de bec dans un restaurant, un échange verbal électrique, des regards toujours plus soutenus ; un duel qui continuera hors des murs du restaurant, hors de contrôle. L’irréparable, la fin désastreuse pour l’un des deux. La situation a dégénéré, le volcan a craché. Une spirale infernale dans laquelle Claudio s’est empêtré malgré lui. À lui de taire ses actes, de masquer la vérité. Rojo déploie cette tension, cette radicalité de manière graduelle, en retenue, pour prélever l’immoralité humaine.

Benjamin Naishtat expose une œuvre sèche, aride, profondément critique. Rojo se lit comme une diatribe sociétale, comme une exorde sur la corruption en Argentine. Une mise en scène précise, concise ; un casting excellent. L’arrivée du détective Sinclair accélère le récit et renvoie la société à sa misère et ses mensonges. Rojo est semblable à un acrostiche, avec ses scènes et ses personnages tous utiles, pour n’en sortir qu’un seul et unique mot : médiocrité. Malgré ça, Rojo brille sur courant alternatif. Tout de même, au détriment d’un démarrage très lent, la seconde partie explosive propose un mélange ô combien intéressant.

En bref !

L’image de la société argentine en prend pour son grade. Benjamin Naishtat peint des apparences trompeuses pour désarçonner ce grand ballet de mensonges. Claudio, homme respectable et respecté, ne vaut pas mieux que la vermine. La richesse peut en tromper plus d’un, le comportement aussi.

03.07.2019

3.5

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Commentaires

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CineFiliK

il y a 1 an

“Sang froid”

Attablé seul dans un restaurant de quartier bondé, Claudio attend sa femme qui est en retard. Un individu impatient et perturbé exige sa place. L’avocat respecté finit par accepter avant de l’humilier verbalement devant les autres clients. Sur le parking, le couple, prêt à partir, est agressé par le rancunier. Une altercation s’ensuit entre les deux hommes. Un coup de feu retentit.

Le fond de l’air est rouge et intoxique les âmes. Il coule sur les murs, souille les visages et les mains. On explique comment épuiser une mouche pour la tuer plus facilement. Sur le plateau d’un jeu de guerre, il n’y a rien à faire contre l’annexion de la Pologne. L’enlèvement devient une danse. Des corps disparaissent dans le désert. Et quand le soleil se cache le temps d’une éclipse, c’est le ciel argentin de 1975 qui saigne.

Polar métaphorique ou conte macabre teinté d’absurde, le jeune réalisateur mélange les genres pour aborder la chute du pays dans la dictature. On s’écarte des lois, ferme les yeux et finit par courber l’échine. La violence quitte les mots pour envenimer les actes. Le coup d’Etat est annoncé.

La démonstration est claire, mais bien lourde. La reconstitution soignée est plombée par des effets de style. A force d’user de plans fixes inutilement prolongés, de ralentis ou de digressions, le discours devient pompeux, épuisant, inefficace.

5/10Voir plus

Dernière modification il y a 1 an


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