Life Itself Etats-Unis 2018 – 118min.

Seule la vie

Critique du film

Seule La vie

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Dan Fogelman est un nom qui résonne depuis le succès commercial de la série This Is Us sur NBC. Surfant sur le succès de sa série et désormais scénariste respecté, Fogelman décide de passer au cinéma et derrière la caméra. Dans Seule la vie, les destins se croisent entre les États-Unis et l’Espagne, au milieu du chagrin et du bonheur.

Will est dans une forme cauchemardesque, casquette noire vissée sur la tête, double expresso massivement coupé au rhum à la main. L’homme fait peine à voir depuis que Abby s’est volatilisée. Où est-elle ? Will y répond grâce à l’aide de sa psy (Annette Bening). Il en parle, il revit les bons moments et se voit même lui faire la morale dans un restaurant…alors qu’elle n’est pas là. Impossible de s’en débarrasser, il l’a dans la peau, elle hante son esprit. Un premier chapitre qui s’étalera sur quatre chapitres. De la vie de Will à Dylan en passant par M. Saccione, diverses existences s’entremêlent, entre joie et souffrance. Il est aussi question de narrateur fiable, de narration tangible, voire de vision contradictoire ou personnelle. Alors quand Will parle de fiabilité dans ses propos, le film verse dans une narration instable. Est-ce que Will parle de faits réels ou n’est-il plus à lui ?

Les ingrédients de Seule la vie rappellent étrangement ceux de This Is Us. Transmission générationnelle, destins croisés, hasard, deuil, reconstruction. Est-ce un nouveau volet de This Is Us décliné en film ? Non, mais on n'en est pas loin. L’écriture de Fogelman, sa construction s’articule en plusieurs niveaux. Le récit trouve la même épaisseur émotionnelle que This Is Us, s’articulant autour de personnages très écrits. Voyez-y une pseudo autopsie des différents caractères, et même de l’amour dans sa forme positive et négative. Fogelman parle de la vie comme une succession de montagnes russes.

La souffrance émotionnelle est souvent plus forte que celle physique. Le premier chapitre sur Will est traité d’une excellente manière. Il y a le talent d’Oscar Isaac conjugué à l’écriture de Fogelman. Comme un hymne au deuil. Les autres chapitres, spécialement celui de Dylan, sont un ton en-dessous. La moins bonne séquence nous vient de la partie « espagnole », qui traite de Javier et Isabel, deux personnages qui peinent à trouver une alchimie et se dérègle au fur et à mesure. Le film traîne et cette partie n’apporte pas le même impact, la même intensité que le premier chapitre. Un milieu mollasson, parfois inintéressant. L’embellie reprend quand les destins se rejoignent. Fogelman affectionne ces croisements temporels et hasardeux. La beauté de Seule la vie se lit à travers des corps vidés de toutes émotions. Des êtres endeuillés, des jolis discours qui se retrouvent torpillés par un monologue final désuet, d’une mièvrerie à s’en taper la tête contre les murs. Le film de scénariste a ses limites. 



En bref !

De jolis discours, parfois pompeux, une entame de très bonne facture et un monologue final bien maladroit. Seule la vie vogue en eaux (très) troubles, mais parvient quand même à décocher quelques belles choses : des moments profonds et poignants. Malgré ce fameux monologue interminable, difficile de cantonner le film à cette errance, il reste une fresque attendrissante, à la structure réussie, mais loin d’être majeure.

08.11.2018

2.5

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