Le photographe Allemagne, Inde, Etats-Unis 2018 – 110min.

Critique du film

Guimauve à Mumbai

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Après le succès en 2013 de son Lunchbox, le réalisateur Ritesh Batra revient avec une histoire aux relents de déjà-vu, teintée d’une romance bienvenue au cœur d’une société indienne traditionaliste. Mumbai comme décor, une histoire d’amour en fil rouge.

Dans l’effervescence de la mégalopole indienne, Rafi (Nawazuddin Siddiqui) photographie les touristes qui s'affichent ça et là devant son objectif et auxquels il tente de vendre quelques clichés. Célibataire introverti, sa grand-mère lui mène la vie dure, son célibat est une honte à la tradition, une peine atroce pour sa grand-mère, inconcevable aux yeux du monde. Pourtant sa rencontre avec la jeune Miloni (Sanya Malhotra) pourrait bien conjurer le sort, alors que sa famille aussi espère qu’elle fasse un mariage heureux. Les voilà naviguant sur une partition romantique, espérant au passage satisfaire leur famille respective. Et au milieu d’un ramdam sociétal, une histoire d’amour se dessine, tant bien que mal.

Avec Lunchbox, le réalisateur Ritesh Batra s’était mis le cœur du public et des critiques dans la poche, et le voici de retour dans les contrées de ses origines pour nous conter une nouvelle histoire, tendre elle aussi, douce, indéniablement, mais qui manquera du sel des grandes comédies romantiques pour réellement emporter ses spectateurs. Surfant sur son succès de 2013, Le photographe fut présenté en première mondiale au Sundance Film Festival de 2019 puis à la Berlinale la même année. Empruntant les couloirs d’un cinéma indépendant, Ritesh Batra était attendu au tournant, et au-delà du charme propre aux comédies romantiques, et une fois passés les travers de la tradition indienne, Le photographe s’écroule dans son propre jus.

Alors le destin de ces deux tourtereaux, qu’évidemment tout oppose, aura ses moments de gloire, sinon une douceur singulière, l’ensemble se parant d’une photographie délicate. Et si individuellement, leur situation familiale respective ne manque pas de s’en prendre (avec humour) à une société indienne étouffante, à l’image de ces villes, au bord de l’implosion, et tacle l'institution maritale d’un grand revers de manche, l’ensemble patauge dans un micmac sans grande consistance. Les personnages, très honorablement interprétés par Nawazuddin Siddiqui et Sanya Malhotra, n’en restent pas moins dénués d’authenticité et la facture globale semble bien trop éloignée du cœur de son sujet; comme l’exposé d’un monde que l’on aurait quitté il y a trop longtemps. L’impression d’une distance.

Certainement une volonté d’être proche du réel, et de parler de celles et ceux qui composent l’Inde contemporaine. La volonté aussi de faire cohabiter ces générations dans un huis clos cinématographique pour en décanter toutes les vicissitudes, entre progressistes et traditionalistes. Peut-être aussi, la volonté d’une étude quasi anthropologique des relations homme-femme. Pourtant cette histoire se leste d’une cruelle légèreté, et manque d’intensité narrative. En l’état, Le photographe se sert de Mumbai comme d’un prétexte esthétique, et l’on cherche encore ce que Ritesh Batra souhaitait réellement faire de son long-métrage.

En bref

Une nouvelle fois Ritesh Batra aura parlé de l’Inde moderne, et d’une société suffocante sur l’autel de la tradition, et pourtant Le photographe patine par manque d’intensité narrative.

15.01.2020

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