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Le livre d'image Suisse 2018 – 84min.

Le livre d'image

Critique du film

Godard désarçonne en images

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

Venu présenter son film… via Facetime au dernier Festival de Cannes, Jean-Luc Godard déballait une critique sociétale piquante, un film intitulé Le Livre d’image. Une oeuvre à la narration déstructurée et habillée d’une voix d’outre-tombe, celle du cinéaste franco-suisse.

Un travail de montage, au découpage pensé et façonné pour nous conter une histoire, ou plutôt un avis personnel tranché sur notre ère. La puissance des États-Unis, le monde oriental; une multitude d’images se croisent et se succèdent. Difficile de véritablement comprendre où Jean-Luc Godard souhaite en venir. Difficile de cerner le discours, si ce n’est que l’homme, derrière sa voix caverneuse, fustige notre monde. Acerbe et incisif.

L’ours sort de sa cage serait-on tenté de dire. Du haut de ses 87 ans, après une hibernation de plusieurs années et son dernier métrage Adieu au langage (2014), le réalisateur demeure ici insaisissable, aigri et apathique derrière ses images. Sa voix résonne, on entend un Godard vieilli. Superposés à des sons grinçants, ou un piano plus apaisant, les mots sont de plus en plus forts et de plus en plus critiques. « Il me faut une vie pour faire une histoire d’une heure », discernons-nous dans un flot d’images parfois indiscernables. Un condensé de phrases piquantes, entremêlées d’images de films, les siens ou encore Hamlet et d’autres.

Dans ce brouhaha, on peut crier à la mascarade artistique. Comment ne pas imaginer l’une des figures de la Nouvelle Vague s’amuser à nous prendre de haut. Nous ne sommes pas assez intelligents pour Godard. La palette se construit à l’image d’une fracture, où de nombreuses photographies apparaissent les yeux noircis, le regard absent. « L’Homme s’ignore lui-même, nous nous ignorons nous-même » martèle-t-il. 5 chapitres, 5 parties où le mot remake reste scotché en plein milieu de l’écran. Un patchwork sur l’animosité humaine, sur le bon sens de la guerre et la divinité qui en découle. Un vaste brouillard impossible à percer, tout est opaque et souvent insaisissable. Nous sommes de vulgaires pantins dirigés par de vulgaires pantins, si nous tentons de lire entre les lignes.

En bref !

L’expérience visuelle peut paraître prétentieuse, mais l’ambition « godardienne » reflète cette envie d’expérimenter un autre genre que le cinéma classique. Sa voix cassée s'éreinte plus le temps passe, s’obscurcit volontairement et se perd dans un ballet de voix inquiétantes. La voix de l’Apocalypse serait-elle Godard ? Du reste, l’expérience est grinçante et également désarçonnante.

12.11.2018

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