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Lazzaro felice France, Allemagne, Italie, Suisse 2018 – 125min.

Critique du film

Poétique équilibre temporel

Sven Papaux
Critique du film: Sven Papaux

De retour sur la croisette et quatre ans après avoir raflé le Grand Prix pour Les Merveilles, Alice Rohrwacher présentait cette année son nouveau long-métrage Lazzaro Felice (Heureux comme Lazzaro). La fable d’un jeune paysan à la bonté exceptionnelle dans un petit hameau nommé L’Inviolata.

Dire “non”, Lazzaro (Adriano Tardiolo) ne connaît pas, le mot est tout bonnement inconnu dans son vocabulaire. D’une bonté exceptionnelle, le jeune paysan est exploité par sa famille, qui elle-même se fait exploiter par la marquise Alfonsina de Luna (Nicoletta Braschi). Mais pas rancunier pour un sou, le jeune paysan se lie d’amitié avec le fils de cette même marquise, Tancredi (Luca Chikovani), un ado capricieux et menteur par-dessus le marché. De leur rencontre naîtra une alliance et une relation amicale si forte, que Lazzaro traversera le temps pour atterrir dans le monde moderne.

Le regard franc, les cheveux en bataille, Lazzaro est la gentillesse incarnée. Le garçon aime le café et se retrouver seul dans son petit pan de terre perché dans les montagnes. L’atmosphère est sèche, le temps semble être suspendu et ces 26 paysans travaillent comme au Moyen- ge. Un milieu rural à l’écart de la société où ces pauvres gens triment sans ne rien percevoir. Tout juste un toit et des couchettes acceptables. Et voici que le scandale éclate. Une escroquerie d’envergure se tramait à L’Inviolata : un commerce de tabac dans lequel ces paysans étaient exploités de manière abusive.

Alors que Lazzaro se fait embobiner par son prétendu ami Tancredi et chute dans le précipice, le film bascule dans une fable sur l’humanité. La première partie situe son récit de manière intelligente, lente mais astucieuse, pour glisser dans une deuxième partie au doux voyage dans le temps. Rohrwacher dépeint une histoire qui rappelle la patte de Pasolini, voire même de Bertolucci, dans un genre d’hymne divin profondément attendrissant. Réflexion sur l’humanité que la cinéaste italienne décrit à travers la sincérité de son personnage principal. On aurait presque tendance à croire que Rohrwacher fait référence à Jésus.

Récit déconstruit, parfois difficile d’accès, Lazzaro Felice scintille par la performance délicieuse d’Adriano Tardiolo. Tout comme l’oeuvre dans sa forme générale, il ne force pas son talent, il laisse tout simplement ressortir sa naïveté sans tricher. Le réalisme d’une écriture sans fioriture conjuguée à la pureté d’une mise en scène épurée, sans le moindre artifice. Nous voilà catapultés entre réalité et fiction, aux doux accents nostalgiques.

En bref !

Presque « ovniesque », Lazzaro Felice vogue dans une autre dimension, dans un cinéma parfois opaque et irréel. L’instant est subtil, complexe et flirte avec la frustration. Un long voyage intemporel ponctué de phases sublimes et d’errances excentriques, coupable de quelques longueurs. La performance solaire d’Adriano Tardiolo magnifie un peu plus l’histoire, de toute sa bonté et sa naïveté.

20.11.2018

4

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