Sale temps à l'hotel El Royale Etats-Unis 2018 – 141min.

Sale temps à l'hotel El Royale

Critique du film

Thriller du tonnerre ou pétard mouillé ?

Alexandre Janowiak
Critique du film: Alexandre Janowiak

Sale temps à l’Hôtel El Royale n’est que le deuxième film réalisé par Drew Goddard, pourtant le cinéaste, producteur et scénariste a déjà une belle carrière derrière lui. À côté de ses multiples collaborations aux côtés de J.J. Abrams (Cloverfield, Lost), il a écrit le scénario de Seul sur Mars et World War Z, créé la série Daredevil et aussi réalisé La cabane dans les bois. Avec son nouveau film, il prend une nouvelle dimension grâce à un casting cinq étoiles.

Sale temps à l'hôtel El Royale raconte la rencontre mystérieuse de sept personnages hauts en couleur dans un hôtel à cheval entre le Nevada et la Californie. Un prêtre, une chanteuse, une femme fatale, un jeune gérant d'hôtel ou encore un voyageur de commerce, ils ne se connaissent pas et cachent tous un secret qu'une seule nuit dans le fameux El Royale va faire exploser.

Dès ses premiers instants, Sale Temps à l’Hôtel El Royale installe un mystère assez prenant. Un homme entre dans une chambre d’hôtel, déplace les meubles, enlève la moquette, ouvre le sol et y cache un sac, avant d’être finalement tué quelques heures plus tard par celui qui semble être un complice. Filmée en plan fixe et dynamitée par des ellipses bien orchestrées, la scène annonce d’ores et déjà les qualités de mise en scène de Sale Temps à l’Hôtel Royale.

Durant la majeure partie des 2h20 du long-métrage, Drew Goddard instaure une ambiance particulièrement insaisissable grâce à sa réalisation calme et méticuleuse. Le rythme est lent, les cadres sont composés avec précision et les plans-séquences, qui parsèment les premiers actes du film, permettent d’ancrer le spectateur aux côtés des personnages (celui de Jon Hamm notamment) et de découvrir la face cachée de cet hôtel au même moment qu’eux. Ainsi, pendant une quarantaine de minutes, ce (faux) huis clos recèle d’énigmes ténébreuses et de personnages assez tarés pour intriguer un minimum. D’autant plus que la narration est pensée par Drew Goddard qui signe également le scénario.

Non sans rappeler le rythme des Huit Salopards de Quentin Tarantino, ce découpage en chapitres qui mélange les points de vue annonce un thriller haletant où les multiples bavardages pourraient bien se transformer en bain de sang jouissif. Malheureusement, à quelques exceptions près, le tonnerre resplendissant et le thriller orageux attendu révèleront un pétard mouillé bien fade...

Après une entrée en matière habile combinant secrets et énigmes, Sale temps à l’Hôtel El Royale s’écroule finalement dans une succession de séquences en manque d’inspiration. La narration en chapitre se révèle un gadget loin d’être toujours opportun et le scénario une esbroufe grandiloquente. Car si le long-métrage de Goddard semble vouloir dénoncer une Amérique incapable de panser ses plaies et qui préfère plutôt les laisser ouvertes à jamais (racisme, violence, guerre du Viet-Nâm, sexisme, voyeurisme, fanatisme), il le fait si mal que l’ensemble paraît très artificiel.

Le thriller guidé par un parterre de stars (Dakota Johnson, Jeff Bridges, Cynthia Erivo) finit par totalement endormir quand les interactions entre les personnages se transforment en longues diatribes vaines et fatigantes. Entre les faux twists, les McGuffin mal utilisés et des enjeux finalement inconnus, Sale temps à l’Hôtel El Royale se termine au milieu de quelques mystères non résolus et surtout après un récit plutôt prévisible qui n’aura finalement mené nulle part.

En bref !

Sale temps à l’Hôtel El Royale jouit sans aucun doute d’une mise en scène précise, d’une jolie photographie et d’une bande-originale inspirée. Malheureusement, passé une bonne quarantaine de minutes, le film se transforme en esbroufe stylisée prétentieuse, faussement intelligente et dénuée d’intérêt. Douche froide...

08.11.2018

2.5

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 13 jours

La ligne rouge
L'hôtel El Royale est situé sur la frontière Nevada-Californie. Mettez-y un prêtre, un agent de la CIA, une chanteuse exploitée, une femme en ayant kidnappé une autre ainsi que le réceptionniste et découvrez leurs secrets.
Bienvenus dans l'Amerique des 70's, ses différentes craintes, ses véritables traumatismes: le décor unique de cet hôtel est le théâtre de retrouvailles entre divers blessés de la vie et une confrontation entre le Bien et le Mal.
La première séquence annonce la couleur: l'on change de décennie mais son souvenir, bien sûr inexpliqué, constitue un sacré fil rouge: durant la première heure et demie, nous vivons le passage de chaque protagoniste avec à chaque fois, un brillant lien avec le client précédent du motel et le puzzle se met en place: les fausses pistes d'alors trouvent leur sens.
Et puis survient la dernière heure où, une fois chaque cas connu, l'on se demande comment, sachant la durée du film, l'on peut tenir encore tout ce temps. Et c'est là que le génial scénario de Drew Goddard nous emmène sur une vision plus contemporaine et dresse un bilan de cette Amérique blessée. C'est brutal, pas pour des enfants de chœur mais mon titre de la ligne rouge tient particulièrement son sens avec l'un des protagonistes et son passé imprévisible qui, une fois connu, bouleverse. L'acteur l'interprétant est bouleversant.
Ajoutez une BO de toute beauté ainsi qu'une sévère critique finale de la notion du gâchis et vous obtenez une perle à recommander vivement...Voir plus


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