Suburbicon Royaume-Uni, Etats-Unis 2017 – 105min.

Suburbicon

Critique du film

Suburbicon

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Dans une banlieue américaine en apparence tranquille, un cambriolage chamboule la vie des Lodge et enfonce la famille dans une spirale de trahison, d'adultère et de chantage...

Suburbicon nous plonge dans l’envers des banlieues de la classe moyenne américaine blanche des années 50. Sur fond de meurtre, d’arnaque à l’assurance, de racisme et de “Look & Feel” qui respire le classique “Double Indemnity”, Matt Damon interprète Gardner Lodge, un père de famille aux ambitions maritales complexes. Julianne Moore campe un double rôle, l’épouse handicapée et la belle-soeur. Belle... comme la femme d’un autre et pourtant célibataire. De quoi agrémenter une intrigue déjà sous anxiolytiques. Et comme le disait si justement Hitchcock: “It takes a very long time to kill a man”. Le crime était presque parfait mais le plan se dérobe. C’est donc une bascule en enfer traitée avec la plume noirâtre et absurde des collaborations Coen/Clooney. Et au milieu d’un décor comique d’un genre très Cluedo, le tweed en moins, le fils (Noah Jupe), et Roger l’assureur (Oscar Isaac) endossent avec sarcasme les rôles de ceux qui en savaient trop.

Comme toujours et par bonheur, les comédies signées Georges Clooney encadrent des observations plus larges sur la société. Suburbicon ne déroge pas à la règle et s’étoffe d’au moins trois grands axes de lecture. Le plus évident, en surface, celui du drame familial, car c’est bien de cela dont on parle! Suburbicon est une sale affaire de meurtre et de dégénérescence dont regorgent les faits divers. Des histoires sans puissance comique en apparence et pourtant, il y a des subtilités à l’écriture et un casting impeccable.

Un tableau tragi-comique. Rire et satire vont de pair, Suburbicon égratigne la classe moyenne blanche américaine, la représentation de l’ordre public, l’institution maritale et la figure paternelle. Néanmoins, nous connaissions les frères Coen plus incisifs et Clooney plus burlesque. Sans pour autant arriver à saturation, il traîne un sentiment de déjà-vu et une performance relativement classique. Bref, l’humour noir vire au gris, et la satire relève de la bienséance …

Et puis les choses se gâtent, doucement. Mais pour mieux comprendre, rappelons succinctement la genèse du film ! L’écriture du scénario démarre sous l’égide des frères Coen en 1984 après la sortie de leur “Blood Simple”. Georges Clooney est approché à la fin des années 90 mais le temps file et ce n’est que très récemment avec l'ascension de Donald Trump que l’histoire se décante. Témoins d’une Amérique changeante et de ses contradictions, Georges Clooney et son co-scénariste habituel Grant Heslov décident d’intégrer, en marge de l'action principale, le drame de la famille Myers en 1957 à Levittown, Pennsylvanie. Brièvement, une famille afro-américaine s’installe dans une bourgade trop blanche et la suite dégénère.

Nous connaissions Georges Clooney engagé et militant de la scène politique mais ce raccord historique semble non pas opportuniste, mais précipité à l’écriture. Trop présente pour n’être qu’un simple écho aux vieux fantômes de l’Amérique, trop absente pour devenir une composante élémentaire de l’intrigue, cette variable nous laisse les bras ballants... trop peu exploitée sans doute. Il résulte néanmoins une énergie contagieuse et le film se pose sans anicroche quelque part entre le drame, la satire et le film politique.

04.12.2017

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