Les Nouveaux Mutants Etats-Unis 2018 – 94min.

Critique du film

Des corps qui mutent et une histoire qui stagne

Camille Vignes
Critique du film: Camille Vignes

Le dernier rejeton de la franchise X-Men va-t-il rattraper les errances critiques et financières dans lesquelles Dark Phoenix l’avait plongé? En promettant un spin-off horrifique à l’ensemble de son aventure mutante, et avant que son rachat par Disney ne vienne tout chambouler, la Fox semblait avoir tapis… mais entre sa genèse historique tellement elle était compliquée (initialement, Les Nouveaux Mutants devait quand même sortir en avril 2018), ses reshoots massifs et le peu d’investissement offert par Disney, force est de constater que le film ne tient pas la distance.

C’est au moment où ils découvrent leurs pouvoirs que les mutants sont les plus dangereux. Peut-être parce que c’est à ce moment-là qu’il touche au plus près à ce qui ressemble à la liberté et qu’après ça, plus rien ne pourrait les faire rentrer dans un droit chemin arbitraire. Détenus dans une division secrète contre leur volonté, cinq nouveaux mutants n’ont que leur docteure pour compagnon, ainsi que des caméras, partout, et la promesse d’un avenir meilleur, si tant est qu’ils apprennent à maîtriser leurs dons. Enfin, jusqu’à ce que leurs peurs les plus intimes viennent les traquer…

Au départ, tout partait pour le mieux. Les Nouveaux Mutants allait offrir aux X-Men le spin-off tant attendu, celui qui allait changer la donne avec ses nouveaux personnages et en se la jouant film d’horreur. Mais c’était placer trop d’espoirs en Josh Boone que de lui laisser le bénéfice du doute. Il y avait tant à faire avec cette histoire d’adolescents torturés, enfermés contre leur gré dans les couloirs d’une sorte d’hôpital psychiatrique désert. De The Shining à Glass en passant par Vol au-dessus d’un nid de coucou, elles sont nombreuses les productions qui auraient pu servir d’inspiration au réalisateur dans la construction de son huis clos. Mais, lui qui ne semble jamais croire ni en ses décors, ni dans le potentiel de son histoire, ramène toujours à l’arrière-plan les murs de sa prison, la reléguant purement et simplement à son apparence physique, sans jamais l’imaginer telle qu’elle devrait être: un personnage à part entière.

Face à cet abandon, l’approfondissement de ses personnages aurait pu rattraper la donne. Mais charcutés par un montage honteux d’une petite heure et demie et une direction d’acteurs outrancière, jamais Sam (Charlie Heaton), Roberto (Henry Zaga), Illyana (Anya Taylor-Joy), Rahne (Maisie Williams) et Dani (Blu Hunt) ne réussissent à trouver leur substance, et malheureusement, ils ne sont plus réduits qu’à être une bande d’ados stéréotypés traumatisés et mal dans leur peau. Passons rapidement au-dessus du jeu des acteurs qui se subit plutôt qu’il ne se vit, le vrai problème des Nouveaux Mutants réside en ce que le film ne donne jamais, ô grand jamais, de temps à ses personnages, préférant passer de l’un à l’autre, sans vraiment d’intérêt.

Résumons: un hôpital censé oppresser qui ne trouve jamais vraiment sa place, des personnages et une intrigue massacrés au montage… que restait-il alors au film ? Une ambition immense, une promesse jamais tenue. Celle de raconter par le biais du surnaturel le pouvoir de la peur, la paralysie induite par son emprise sur l’humain. Mais aussi le triomphe de l’imagination et son pouvoir sur l’esprit (notamment grâce au personnage d’Illyana). Enfin, et plus simplement, l’analogie évidente entre les héros de l’histoire et l’histoire de l’adolescence, des troubles qu’elle charrie en même temps que les corps se transforment. Mutent en passant de l’enfance à l’adolescence… Mais même ça, Josh Boone semblait l’avoir abandonné à partir du moment où il a laissé traîner quelques images de «Buffy contre les vampires», et faire pour lui tout le travail de subtilité et de consistance.

04.09.2020

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