Fortuna France 2017 – 106min.

Fortuna

Critique du film

Fortuna

Adrien Kuenzy
Critique du film: Adrien Kuenzy

Fortuna, une adolescente éthiopienne de 14 ans, est accueillie avec d’autres réfugiés en Suisse dans un hospice à 2000 mètres d’altitude. Là, elle tombe amoureuse de Kabir, un jeune homme de 26 ans. Mais un jour Kabir disparaît…

« Fortuna » dépeint de manière poétique le drame personnel d’une jeune adolescente, tout en prenant de la hauteur et en traitant du cas plus général de la crise migratoire. Dans l’hospice tenu par des chanoines, aidés par des éducateurs, Fortuna cache un secret qu’elle ne révèle à Kabir que plus tard dans le récit, au moment où les sentiments amoureux deviennent trop forts pour le contenir...

Un débat au sujet de la dure réalité des migrants sur des terres aussi accueillantes qu’hostiles est aussi mené avec panache par les chanoines, dans une discussion qui révèle de manière très complexe l’empathie et les réserves d’un groupe qui désire conserver une part de solitude. Bruno Ganz livre une performance à couper le souffle et défend un personnage qui s’éloigne peu à peu des dogmes de l’église, tout en adoptant une posture profondément humaniste. Le noir et blanc, un parti pris esthétique que cultive le réalisateur depuis le début de sa carrière, met magistralement en relief les parties d’ombre et de lumière du visage de Fortuna (incarnée par la talentueuse Kidist Siyum Beza), empli à la fois d’une profonde tristesse et d’une incommensurable force...

10.04.2018

4

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 2 mois

4.5: Des migrants et des dieux
Hospice du Simplon sur territoire helvétique: Fortuna, une érythréenne mineure se retrouve enceinte de Kadir, majeur. Ce qui constitue une entrave morale. Mais la foi qui emplit la jeune fille la convainc de garder son enfant. D'où un dilemme pour la communauté religieuse l'hébergeant et son chef qui doit la préparer à l'évidence que cet enfant ne connaîtra jamais son père. Lorsque Kadir disparaît après un contrôle de police, Fortuna est décidée à le retrouver, quitte à mettre sa grossesse en danger.
Le parcours humain est souvent semé d'embûches. Et Fortuna n'est pas épargnée: séparée de ses parents, livrée à elle-même, cet embryon grandissant en elle lui inspire un futur serein. Or, la réalité politico-juridique la rattrape.
Ce qui est frappant dans cet opus en noir et blanc de Raoux (choix judicieux) est que pendant le premier quart-d'heure, un sentiment de mépris relatif à l'attitude de Fortuna nous emplit et une question nous vient en tête: ne croit-elle pas au Père Noël en espérant trouver l'amour de sa vie?
La réponse apportée est saisissante: non pas par des séquences inutiles voire larmoyantes, comme il eut été facile de le faire, mais par une profonde remise en question de la Foi et une sorte de symposium multi-religieux.
Et le coup d'éclat vient de l'issue laissée librement à l'interprétation du spectateur. Et deux points de vues s'opposent avec chacun sa raison légitime: le deuil d'un rêve ou le commencement d'une nouvelle vie? Le regard de la jeune Kidist Siyum Beza nous émeut et la force de la voix de Bruno Ganz nous fait méditer et mesurer la limite entre l'humainement correct le politiquement impossible.
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