L'incroyable histoire du Facteur Cheval France 2017 – 104min.

L'incroyable histoire du Facteur Cheval

Critique du film

Une déclaration d’amour devant l’éternité

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Hauterives, fin du 19ème. Rêveur invétéré et randonneur romantique, chaque jour Joseph Ferdinand Cheval (Jacques Gamblin) crapahute sur près de 30 kilomètres pour accomplir ses tournées de facteur. L’homme est peu bavard, il communique ailleurs, il se dit un ami du vent, des arbres et des oiseaux. Alors qu’il enterre sa femme et qu’on lui arrache son fils, son supérieur (Bernard Le Coq) étend le périmètre de sa tournée, la marche apaise. Un jour, il rencontre une certaine Philomène (Laetitia Casta), elle lui donnera une fille, Alice, il lui construira un palais, le «palais idéal».

Après 30 ans de service, c’est une épopée équivalente à 5 fois le tour de la Terre, plus de 200 000 km parcourus à pied et sans jamais avoir quitté la Drôme. Le palmarès du facteur est herculéen. Laconique, Cheval a le sens de la maxime, mais l’amour est une chose indicible. À peine lettré, c’est en déchiffrant quelques lignes d’un magazine sur le temple Angkor que l’inspiration lui viendra. D’aucuns le disaient simplet, mais pour la postérité, il restera l’un des grands poètes du «faire». Il l’écrira lui-même : «Pour arriver au but, il faut être têtu». La fièvre durera 30 ans, pierre après pierre, à raison de 10 heures par jour; une dévotion métaphysique pour une déclaration d’amour à sa fille qui appartient désormais à l’histoire.

Voyageur contemplant une mer de montagnes, la vie de Cheval pourrait être un tableau de David Friedrich, à la croisée des mondes. Drapé d’une belle photographie, hommage est rendu à la sagesse de la Drôme, aux paysages et aux montagnes qui jalonnèrent la vie du «wanderer». L'incroyable histoire du Facteur Cheval n’en reste pas moins d’une facture, certes élégante, mais assez convenue et expose en guirlande tout ce que nous pouvions attendre d’un film de cette trempe. Sans doute faudra-t-il aussi passer sur la partition plutôt mineure de Laetitia Casta, malheureusement en marge d’un Jacques Gamblin, lui, méticuleux, profond, magnifique et vibrant de silences. Les non-dits comptent parmi les perles précieuses du récit.

En bref !

Une vie fabuleuse et plus de 30 ans de travaux proposés à l’écran dans un écrin de délicatesse. L'incroyable histoire du Facteur Cheval se leste néanmoins d’une narration inégale, comme s’il voulait parfois trop en dire de la vie d’un homme. Et si le métrage de Nils Tavernier se révèle être d’une facture attendue, la prestation de Jacques Gamblin, elle, est de l’ordre du petit miracle.

18.01.2019

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Commentaires

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vincenzobino

il y a 6 jours

Alice au palais des merveilles
1897, Hauterives, Drome: Fernand Cheval, ancien boulanger devenu facteur de son village tombe amoureux de Philomena et le couple met au monde Alice. Mais les aléas de la vie font que ce parcours de vie sera semé d’embûches. L’une d’elles va pousser cet homme solitaire et introverti à bâtir un palais pour Alice. Mais lorsque l’on a aucune connaissance et expérience en construction, l’entreprise s’avère périlleuse.
Le grand retour du duo Gamblin-Tavernier après le magnifique « de toutes nos forces » était à titre personnel l’une de mes plus grandes attentes, ayant d’autant plus visité il y a 30 ans, soit vers l’âge d’Alice, le dit palais. Ce retour en arrière s’avère très beau.
On pourrait quelque peu regretter que les 40 premières années de la vie de Cheval soient passées sous silence, si ce n’est sa première expérience professionnelle, mais au fil du film, l’on découvre qu’un nouveau marathon se présente à cet homme, mettant ainsi un parallèle avec le film précédent du duo. Et cette entreprise beaucoup plus longue nous ravit.
Gamblin est Cheval de par ses mimiques et sa pudeur; Laetitia Casta est belle comme elle ne l’a jamais été. Mais la véritable beauté s’avère celle de la reconstitution architecturale et historique, en citant la plus belle parole du facteur. Et le dernier plan nous offre une approche de la vie vue de l’au-delà, tel que Cheval la vivait.
A recommander.
PS: présence à l’issue de la séance de l’ancienne directrice de la fondation du palais idéal qui confirma que si certains faits sur la relation Fernand-Philomene furent romancés mais que toutes les anecdotes architecturales et artistiques sont bien réelles et que le succès du palais auprès du public méritait cet hommage cinématographique. Elle fut touchée par la projection...Voir plus


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