Damsel Etats-Unis 2017 – 113min.

Critique du film

Damsel

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Robert Pattinson, dindon de la farce dans une western comédie !

Le rideau s’ouvre: l'Amérique, quelque part, Monument Valley sans doute. C’est un paysage de sable et la poussière tourbillonne dans l’ocre de ces roches montagneuses, comme des églises. A la caméra, Adam Stone compose une ouverture éclair en quelques plans merveilleusement cinématographiques. La mise en bouche est vertigineuse et subitement, deux hommes se joignent au décor.

Deux hommes, un pasteur et un “malgré-lui”. L’un a besoin de changer d’atmosphère suite à l’accouchement tragique de sa femme et l’autre, le pasteur, attend vainement l’arrivée d’un télégramme. Perdus dans cette immensité désertique, les deux hommes se livrent sur la foi, l’amour et l’espoir. Puis le pasteur lui tendra sa bible et enlèvera sa toge avant de quitter l’écran en layette. La situation est absurde, c’est cyniquement drôle. Il y a un peu des frères Coen et du Beckett au milieu d’un western. Ca démarre en grande pompe et voilà que le “malgré-lui” est devenu homme de foi, ou presque ...

Très délicatement interprété par David Zellner lui-même, ce faux pasteur croisera le destin d’un certain Samuel (Robert Pattinson); un gentil héros et looser amoureux en mission romantique accompagné d’un mini shetland. Lui, l’urbain faussement cow-boy aux dents propres, s’est épris de la ravissante Penelope (Mia Wasikowska). Mais la belle a été kidnappée, ou disons que le bougre s’en est persuadé… Alors l’idée est simple, embarquer le pasteur avec lui pour délivrer la dulcinée de ses ravisseurs et lui offrir la plus épique des demandes en mariage.

Les frères Zellner l’ont reconnu eux-mêmes lors de la conférence de presse, le film est fortement teinté d’une époque où se côtoyaient John Wayne, John Ford et Jane Fonda. Pourtant “Damsel” s’amuse ailleurs et mêlent le western à des souvenirs burlesques. Mais en prologue à des choses plus étouffantes, la demande en mariage dégringole en deux funérailles. Dès lors, nous suivrons Pénélope et le pasteur dans une autre odyssée, moins naïve, plus fataliste, épidermique, rugueuse et glaciale.

La narration éclatée surprendra et sera sanctionnée de quelques huées en fin de projection. La réaction hautement contestable de l'auditoire démontre néanmoins que les émotions se chamaillent. Il reste l’humour mais la naïveté attendrissante du début s’effondre dans cette scène où en réponse à une nième demande agenouillée, une pierre au visage sera rendue. Entre temps le ton c’est vrai a changé mais le twist laissera perplexe. Le manque d’empathie tourne en dureté de coeur gratuite et pourtant on rit. La force du film sans doute … En définitive, “Damsel” est une comédie au discours dispersé peut-être, mais une farce existentielle originale; un western de genre, extrêmement cinématographique et interprété par une palette d’acteurs remarquables. Mention spéciale pour David Zellner, le pasteur, qui rattrapera admirablement une intrigue en bascule.

(16. Februar / Berlinale 2018)

29.03.2018

3

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