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Calabria Suisse 2016 – 117min.

Calabria

Critique du film

Calabria

Théo Metais
Critique du film: Théo Metais

Un road movie en corbillard. Après la mort d'un émigré calabrais venu travailler en Suisse, deux employés des pompes funèbres, Jovan et José, eux-mêmes émigrés, traversent l'Italie du nord au sud pour rapatrier le corps du défunt jusque dans son village d’origine. Jovan, un tzigane auparavant chanteur à Belgrade, croit en la vie après la mort, alors que José, un portugais passionné de culture, ne croit qu’en ce qu’il voit. Ensemble, ils sont confrontés aux surprises et aux imprévus du voyage. C’est l’occasion de rendre hommage au mort et de profiter de la vie.

Pour son deuxième long métrage, Pierre-François Sauter dévoile une mise en abîme en triptyque format road movie pour nous parler de transmission, de patrie, d’amour, de religion, de rêves et d'espérances. Un tableau en trois parties. Avant l'excursion il faudra préparer le défunt. Dans cette première partie, plans fixes et tons pastel rendent hommage à l’artisanat des passeurs, aux corps, à la lenteur et à l’absurde du temps qui passe. D’une grande réussite cinématographique, elle est proche du documentaire, quasi muette, déroutante, c’est presque drôle. La deuxième partie cloître José et Jovan dans le cockpit du corbillard. En split screen, caméra plantée sur le tableau de bord, l’un à droite, l’autre à gauche, conducteur et passager conversent. Un cabinet de réflexions ambulant.

Les pérégrinations verbales dispersent naïvement les silences du bitume. Tout y passe, jusque dans la troisième partie cérémoniale de l’enterrement en Calabre. La force initiatique de ce film laisse rêveur, néanmoins la narration décousue contraint à l’effort. Le manque de rythme chagrine et perturbe le style puis l’écriture. Lorsque le réalisateur capte les pensées volées de ces deux employés des pompes funèbres, il réveille un peu les “Brèves de Comptoirs” de Jean-Marie Gourio. La même finesse et cette capacité fascinante à être toujours juste. Mais la route est longue et étouffe littéralement le projet du film. Il reste une humanité sensible, une délicatesse et une paresse attachante.

09.11.2017

3

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