Article3. November 2020

La politique américaine au cinéma en 9 films à voir et à revoir

La politique américaine au cinéma en 9 films à voir et à revoir
© «Les Marches du pouvoir» (2011)

2020 est une année particulière pour les États-Unis, et la raison n’aura échappé à personne: c’est une année électorale pour la plus haute investiture du pays, la présidence. Comme en 2016, celle-ci est particulièrement suivie du fait de la présence de Donald Trump, président sortant haut en couleurs et candidat à sa propre succession, mais également parce que le fond de l’air politique est particulièrement tendu et polarisé entre Démocrates et Républicains. Pourtant, si cette élection est plus conflictuelle que jamais, la nature des turpitudes et des combats d’aujourd’hui n’ont rien de nouveau, comme le montrent ces 9 films sur la politique américaine, ses bassesses mais aussi ses idéaux populaires. It’s Election Day ! (ou presque)

1 - «Mr Smith au Sénat» (1939)

Jefferson Smith, un chef scout bon, innocent et apprécié des enfants, est nommé Sénateur presque par hasard. En le choisissant plutôt qu’un politicien convenu, le gouverneur de l’État pense en effet nommer un godillot un peu naïf et pouvoir en faire sa marionnette dans la plus haute chambre américaine. C’est sans compter sur la pureté du cœur du candide Mr Smith, animé par une passion humaniste qui lui fera déjouer tous les obstacles.

Un classique de la période classique, mais incontestablement, s’il ne devait rester qu’un seul film pour incarner les idéaux populaires américains, ce serait celui-ci. Pétri de bonne volonté et vierge de toute corruption, Mr Smith incarne l’homme politique parfait à l’américaine, pur comme un enfant et obsédé par l’idée du bien. Frank Capra est au sommet de son art de cinéaste et James Stewart mythique.

2 - «Les Hommes du président» (1976)

Comme un cruel revers de médaille au film de Frank Capra, «Les Hommes du président» fracasse le vernis mythologique, plonge dans les ténèbres du pouvoir et en remonte les secrets les plus hideux. Retraçant l’enquête journalistique qui a mené au scandale du Watergate et à la démission subséquente du président Nixon, «Les Hommes du président» est un classique essentiel du Nouvel Hollywood et du cinéma américain en général.

Alan J. Pakula pose ici les majestueuses fondations du film paranoïaque moderne, mais surtout réalise un film parfait de bout en bout. Avec en plus une photographie aussi sombre que somptueuse et le duo Robert Redford/Dustin Hoffmann, c’est incontestablement le meilleur thriller politique américain.

3 - «Votez McKay» (1972)

Pas le film le plus connu de la filmographie du grand Robert Redford, «Votez McKay» n’en est pas moins un film politique à l’ironie mordante. Alors que l’élection sénatoriale approche en Californie, un spécialiste des élections travaillant pour le parti démocrate peine à trouver un candidat convaincant. En désespoir de cause et pensant l’élection perdue d’avance, il convainc le beau et charismatique Bill McKay d’aller au casse-pipe. En échange, McKay, ce qui est accepté. Mais son franc-parler fait grimper ses chiffres dans les sondages et soudainement, une vraie chance de renverser la vapeur se dessine... au grand dam du corporatiste parti Démocrate.

Fable amusante sur la fabrique des candidats et des hommes politiques autant que critique acerbe des convenances électoralistes et des apparences, «Votez McKay» est une drôle de farce politique... jusqu’à une réplique finale, qui tombe comme un couperet.

4 - «Selma» (2014)

Grand film somme sur le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, «Selma» raconte l’histoire de ce dernier en se concentrant sur les évènements ayant eu lieu dans la ville de Selma en Alabama en 1965. Menée par Martin Luther King, une marche y est organisée pour soutenir le Voting Right Act, qui accordera enfin le droit de vote aux Afro-Américains.

Loin d’être une hagiographie bête et méchante (même si le film n’évite pas quelques simplifications), «Selma» va derrière l’icône et désosse avec une grande précision les mécaniques qui permettent un changement politique, et comment une idée minoritaire peut gagner l’opinion publique. Un biopic politique contemporain d’une grande intelligence.

5 - «L’Arriviste» (1999)

Jim McAllister est un professeur d’éducation civique apprécié dans son lycée, mais il a un problème: il déteste personnellement une ambitieuse élève, la grosse tête Tracy Flick. Problème, elle est assurée de gagner l’élection à la présidence du conseil des élèves, puisqu’elle est la seule candidate pour ce poste ennuyeux et qui n’intéresse personne. Jim manipule alors un populaire membre de l’équipe de foot pour qu’il se présente et faire perdre Tracy. Mais cette petite mesquinerie va bien vite mettre le lycée sans dessus dessous, et finir par lui coûter cher.

Si le film d’Alexander Payne ne traite pas d’une élection nationale, le modèle réduit qu’il nous propose n’en est pas moins une satire hilarante et mordante d’une campagne électorale et de ses dérives, transformant un débat d’idées en concours de popularité. Porté par un impeccable duo Reese Witherspoon/Matthew Broderick, il est à redécouvrir d’urgence!

6 - «Un Homme dans la Foule» (1957)

Larry Rhodes n’est pas seulement un quidam, c’est un vagabond saoûlard emprisonné pour des faits de droit commun. Rejeté par le système, il intervient par hasard dans une émission radiophonique en échange d’une remise de peine. Beaucoup plus fin rhéteur et habile personnage que prévu, son passage marque les auditeurs si bien que le producteur de l’émission lui propose de monter son propre programme. Sorti de prison, la popularité de son talk-show explose grâce à ses opinions à l’emporte-pièce et à son langage brut, sur tout et rien, mais surtout sur les politiciens locaux. Devenu un faiseur de roi, Larry n’est pourtant motivé par rien d’autre que lui-même: il dira n’importe quoi, tant que cela sera bon pour sa cote de popularité.

L’immense Elia Kazan a réalisé «Un Homme dans la Foule» il y a maintenant plus de soixante ans, et pourtant on jurerait qu’il a eu une vision d’avenir de Donald Trump, tant les deux personnages, chacun une créature des médias, se confondent. Pas nécessairement un film sur la politique en soi, mais définitivement une œuvre accablante sur la démagogie et le populisme.

7 - «Des hommes d'influence» (1997)

Le Président sortant, candidat à sa réélection, est éclaboussé par un scandale sexuel deux semaines avant le jour de l’élection. Aussitôt, ses conseillers et son équipe de communication mettent en place un contre-feu médiatique et... inventent tout simplement une guerre en Albanie. Une mise en scène de haute-volée, mais qui aura de lourdes conséquences.

Réalisé par Barry Levinson («Good Morning, Vietnam», «Rain Man») et emmené par Dustin Hoffmann et Robert de Niro, «Des hommes d'influence» est une pépite d’humour noir. Mais derrière ses grincements cyniques et sa course à l’obscénité, c’est surtout une désarmante supplique pour l’honnêteté et un appel à l’intelligence collective et citoyenne. Brillant!

8 - «Les Marches du pouvoir» (2011)

Le gouverneur de Pennsylvanie s’appuie grandement sur son directeur de campagne Stephen Meyers pour que celui-ci obtienne le soutien d’un influent sénateur pour une investiture de candidat à l’élection présidentielle. Contrairement aux autres directeurs de campagne, Stephen Meyers n’est pas encore blasé, ce qui le rend peu enclin aux compromissions. Une attitude noble, mais malheureusement profondément incompatible avec les tractations politiques et qui amèneront de nombreuses désillusions.

«Les Marches du pouvoir» n’est pas tant un film sur l’exercice du pouvoir en tant que tel mais plutôt sur la démarche à suivre pour avoir une chance d’y accéder, et le moins que l’on puisse dire c’est que les mécaniques à l’œuvre en coulisses peuvent parfois être très très laides. George Clooney livre une œuvre étonnamment sérieuse et désabusée mais qui ne laisse pas indifférent.

9 - «Cheney» (2018)

C’est un secret de polichinelle: la présidence de George W. Bush a été principalement conduite par son vice-président Dick Cheney. Ultra-libéral, froid et calculateur, il a été l’éminence noire d’un pouvoir tombé en déliquescence.

S’il n’échappe pas à un manichéisme prononcé et une certaine tendance à la caricature, force est de constater que «Cheney» impressionne par sa temporalité couvrant plusieurs décennies et ses nombreux échos temporels, démontrant avec intelligence comment le système de l’argent roi (re)produit ses propres chiens de garde pour assurer sa propre survie si on le laisse faire. Outrancier et porté par un casting cinq étoiles, «Cheney» est un pamphlet qui fait mal!

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