News6. Februar 2023

Clermont-Ferrand 2023 célèbre le court métrage suisse

Clermont-Ferrand 2023 célèbre le court métrage suisse
© Swiss Film

La grande messe du court métrage a fait les joies de la ville d’Auvergne-Rhône-Alpes, du 27 janvier au 4 février dernier. Une production suisse a été primée.

(Un reportage de Marine Guillain)

Le court métrage en fête

Il s'agit du plus important festival au monde consacré aux courts métrages ainsi que de la deuxième manifestation cinématographique en France en termes d'audience - derrière le Festival de Cannes, évidemment. Pour son édition 2023, le festival du court métrage de Clermont-Ferrand a reçu pas loin de 9000 candidatures. 155 films ont été sélectionnés en compétition. Au total, avec les rétrospectives, 355 étaient visibles pour le grand public.

Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, l'événement ne s'adresse pas qu'aux professionnels de l'industrie - loin de là. «C'est une grosse institution et un vrai rendez-vous avec le public», indique Laura Thomasset, attachée de presse de la manifestation. «Ça anime la ville et les Clermontois sont très exigeants, car ils baignent dans le court métrage depuis tous petits». Elle précise qu'il y a eu 100'000 entrées en 2022, et 172'000 en 2020 - avant les restrictions liées au Covid. Cette édition en aura enregistré 160’000, la deuxième meilleure fréquentation de son histoire.

Affiche officielle de l'édition 2023 © Regina Pessoa

L'ambiance est à la fête, à Clermont. Du matin au soir, onze salles de cinéma enchaînent les programmes de compétition (national, international, labo), généralement composés de quatre à six courts, ainsi que les sessions thématiques, scolaires et rétrospectives. Pas facile de faire un choix parmi toutes ces options, alors les festivaliers se laissent guider par des avis entendus («Le programme F8 est génial!») ou se rendent à l’accueil pour demander quelle est la prochaine session qui commence.

Les salles affichent souvent complet (la plus grande fait 1300 places), même au milieu de la journée en pleine semaine. Ça applaudit, ça siffle, ça commente… Le soir, festivaliers/ères, producteur/trices, agents/es et cinéastes envahissent le trottoir devant le bar L’Univers, QG du festival, pour continuer de causer cinéma une bière à la main.

Présence suisse

Trois films suisses font partie de la compétition internationale. Dans le doc «Ramboy», Matthias Jouaux et Lucien Roux dressent le portrait d'un grand-père et de son petit-fils sur une île irlandaise isolée. Julie Ecoffey, elle, peut déjà se targuer d’un record: celui du plus court des courts en lice, avec les 2 minutes 33 de son film d’animation de fin d’études: «But What Does it Mean?». Il s’agit de l'histoire d'une femme qui reçoit une lettre anonyme et qui demande de l'aide à une amie pour la traduire.

«Je m'interrogeais sur les lettres écrites à la main, sur la raison d'en écrire encore aujourd'hui et sur la valeur que ça avait», explique la Fribourgeoise de 23 ans. Titulaire d’un Bachelor en film d'animation à la HSLU (Hochschule Luzern, Design & Kunst), Julie Ecoffey avoue avoir consacré sa troisième année d’étude à ce projet: «Rien que la production a pris entre cinq et six mois. Trouver une histoire, la développer, choisir une direction visuelle... c'est long! Mais j'ai fait tout toute seule, je suis perfectionniste et j'aime avoir le contrôle sur tous les aspects. C'est très chronophage, mais c'est passionnant.»

Vient ensuite «As sacrificadas», fiction imaginée par Aurélie Oliveira Pernet, déjà montrée à Rotterdam, au Portugal et aux Journées de Soleure. «J'ai fait un Bachelor en réalisation à la HEAD puis un Master en histoire et esthétique du cinéma à l'UNIL. C'est après ce Master que je me suis lancée dans l'écriture de ce court métrage», explique celle qui est aussi chargée de production. Son film suit une femme qui s'occupe seule de sa vieille mère durant un été ravagé par les incendies. «Ma mère vit au Portugal et j'ai beaucoup observé les femmes de ma famille et de mon entourage là-bas. J'en ai vu qui étaient proches, aidantes, avec un quotidien compliqué. Beaucoup de femmes se sacrifient pour s'occuper des membres de leur famille et je voulais les mettre en lumière.», raconte la cinéaste de 32 ans.

Le tournage de «As sacrificadas» s'est déroulé sur neuf jours, «ce qui est confortable pour un court métrage, même si ça a quand même été la course: on était dans un village isolé du Portugal, donc tous les déplacements prenaient du temps, on avait beaucoup de décors, d'acteurs et de dialogues». Actuellement, Aurélie Oliveira Pernet a commencé à écrire son premier long métrage, sur lequel elle ne peut pas donner de détails car «c’est encore en chantier».

Prix spécial et diversité à l'honneur

En compétition nationale (car ils ont été coproduits avec la France), le génial et délirant «Fairplay», de Zoel Aeschbacher, a reçu le prix spécial du jury, après avoir été présenté en première mondiale au dernier Festival de Locarno. À travers la mise en scène de jeux plus stupides les uns que les autres, il dézingue la culture de la performance avec cynisme et humour. «Les silencieux», de Basile Vuillemin, concourait dans la même catégorie, tandis que «Please make it work», de Daniel Soares, faisait lui partie de la section Labo. Enfin, six films d'animation suisses étaient sélectionnés dans la section jeune public.

«Cette présence est un très bon signal pour les courts suisses», se réjouit le réalisateur lausannois Lionel Baier, jury pour la compétition internationale. «Il y a de l'animation, de la fiction, du documentaire: ça montre la diversité du court métrage suisse, ainsi que l'importance de coproduire avec d'autres pays et de développer l'importance de réseau international.» Le cinéaste rappelle qu'en Suisse, le court est le plus souvent produit dans les écoles, et qu'il permet de dénicher de jeunes talents.

Habitué du festival («C'est unique au monde de trouver une telle ferveur pour le court!»), Lionel Baier a dû juger 78 films. Il dit avoir vu peu de films de genre et beaucoup de comédies. Il note une tendance à parler de personnes âgées et de rapports intergénérationnels, à filmer du bétail, ainsi qu’un retour aux années 90. «Avec le court métrage, on voyage d'un pays à l'autre et on vit beaucoup d'expériences en seulement une heure ou deux.»

Plus d'informations sur le Festival de Clermont-Ferrand 2023

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