Kritik4. September 2018

«McQueen» - Un génie à la toison sombre

«McQueen» - Un génie à la toison sombre
© Ascot Elite

Le nom McQueen a quelque chose d’exceptionnel. Après le grand Steve McQueen ou «l’autre» Steve McQueen, le réalisateur, un autre individu au même patronyme a bousculé la planète mode grâce à un talent et une propension à l’irrévérence. Lee Alexander McQueen était cet autre McQueen dont tout le monde parlait.

Cinq dossiers. Sur ces cinq dossiers, il y a l’histoire d’un homme, un créateur hors-pair, fasciné par le détail et l’histoire. Lui qui a compris que la mode coïncidait avec l’actualité, l’histoire, tout en faisant écho à son passé. En peu de temps, le nom d’Alexander McQueen s’est propagé dans le microcosme de la mode. À force de bousculer les codes, de s’amuser à choquer, le voyou de l’East End a créé une vraie marque de fabrique et s’est imposé dans une grande maison de couture telle que Givenchy. En 1996, le jeune londonien effronté prenait les rênes de la marque française comme directeur artistique. Un tournant pour le designer, puisqu’il se frottera aux regards acerbes de la critique spécialisée, mais également aux règles des très chics traditions parisiennes. Un sacré pari, sachant que Lee est un artiste qui refuse de renier ses racines modestes.

Monter des défilés et des collections avec très peu, McQueen était un adepte de cette technique. Animé d’une furieuse envie de dégoûter, d’exalter, il souhaite faire « vivre » ses créations, les rendant toujours de plus en plus sombres. Sa faculté à transgresser les règles en devient sa marque de fabrique, à l’image du défilé « Le Viol d’Écosse » qui provoquera un véritable tollé dans le milieu. Décrié ou présenté comme « l’Enfant terrible », il n’en a cure des étiquettes qu’on lui colle, son objectif principal est d’exorciser quelque chose qui sommeille en lui, le besoin irrépressible de se découvrir lui-même.

Un artiste trop extrême, trop passionné, rongé par son génie ...

Dans McQueen, le genevois Ian Bonhôte dépeint en plusieurs actes la vie du regretté McQueen. De son arrivée fougueuse dans le milieu à sa descente aux enfers, les rires d’un jeune passionné ont laissé (rapidement) place à la drogue et aux tourments. La subtilité du documentaire construit sa colonne vertébrale autour des nombreuses collaborations du designer, et non en se calibrant exclusivement sur le personnage. Bonhôte s’efface pour laisser parler l’entourage, laisser parler les divers protagonistes à travers des archives et des entretiens admirablement menés. Au fil des témoignages, l’icône McQueen se fragilise et le documentaire démontre les nombreuses failles d’un homme brisé par un traumatisme lié à son enfance. Ses pulsions artistiques l’ont entraîné dans les limbes de son esprit, jusqu’à son dernier souffle. Un artiste trop extrême, trop passionné, rongé par son génie et forcé à courir après une paix intérieure qu’il ne trouvera jamais véritablement.

En bref !

McQueen est une fresque qui transpire la mélancolie, la douleur et le talent. Cinq dossiers portés par la musique de Michael Nyman qui dessinent une âme en peine. La provocation dont il fait preuve avec ses collections façonne un individu profondément affecté par la violence. La transformation est édifiante entre le jeune homme, le génie de Stratford qu’on appelait Lee, et le styliste plein aux as, liposucé et méconnaissable par rapport à ses débuts. McQueen est ce lustre qu’on polit frénétiquement avant de tomber sur une noirceur éclatante et brûlante, celle d’une mort précoce.

Note de la rédaction -> 4/5 ★

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