Interview26. April 2022

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre »

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre »
© Shanna Besson

Actuellement à l'affiche du film « En corps » de Cédric Klapisch, Souheila Yacoub représentait la Suisse dans la prestigieuse sélection des « European Shooting Stars » de la 72e édition de la Berlinale, où elle était venue présenter le film « Entre les vagues ». L’occasion pour nous de rencontrer cette actrice talentueuse au parcours iconoclaste. Un peu en Suisse, un peu en France ; croisée notamment chez Gaspard Noé et Philippe Garrel, l’ancienne gymnaste revient sur cette carrière déjà éclectique. Entre père et mère, flottante parmi les genres.

(Propos recueillis par Théo Metais en février 2022 à Berlin et retranscrits par Maxime Maynard)

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre. »
Souheila Yacoub dans « No Man's Land » - Saison 1 © Sife Elamine

Cineman : Tu présentes aujourd’hui le film « Entre les vagues », et après ta venue à Berlin pour « Le sel des larmes », finalement cette sélection, c'est déjà une belle validation de tes choix de rôles.

Souheila Yacoub : En réalité, je n'ai pas fait beaucoup de choix, je suis surtout allée là où j’ai été prise. Avec le physique que j’ai, je me suis souvent retrouvée dans des projets très engagés. Comme si, parce que je suis qui je suis, avec ce physique et cette voix-là, l’histoire se devait d’être intense. Ça commence un peu à bifurquer.

Dans « Entre les vagues » tu joues ton premier rôle principal. En quoi était-ce un personnage important ?

SY : J’incarne le rôle d’une jeune actrice. Ses sentiments sont plus proches des miens. C’est très effrayant , car d’habitude j’aime me cacher derrière un personnage, et là, j’ai eu un peu l’impression d’être mise à nue. Au conservatoire de théâtre de Paris, on me disait “ Tu es brune et ténébreuse, il faut que tu fasses du drame”. Mais la comédie m’intéresse énormément. J’aime les films engagés, mais je suis heureuse de pouvoir faire les deux. Je commence à être dans des films plus populaires, avec des codes de jeux différents. Pour le moment, je ne suis pas dans une case et c’est super.

Je ne corresponds pas vraiment à un profil type.– Souheila Yacoub

Que pourrais-tu dire au public romand qui découvrira « Entre les vagues » ?

SY : Le film est hyper dynamique et drôle. Je joue avec Déborah Lukumuena. C’est une histoire d’amitié fulgurante. Je n’ai jamais vu un film avec une amitié pareille entre femmes dans les métiers du cinéma. Souvent, il y a plutôt de la jalousie. En lisant le scénario, certaines personnes nous ont dit : « C'est super ! Mais dommage qu’elles ne soient pas jalouses. » Mais ce sont juste des clichés ; l’amitié, ce n'est pas ça ! Ce que je reçois de mes amies, c’est de la force et du soutien et je ne pense pas que ce soit juste une question de génération.

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre. »
Souheila Yacoub dans « Le sel des larmes » © Sister Distribution

Un souvenir de tournage en particulier ?

SY : C’est mon premier rôle principal, donc il y a une certaine pression. Tu ne veux pas que le spectateur s'ennuie. Sean Price Williams était chef opérateur, c’est une énorme star du cinéma indépendant new-yorkais. C’était dur, on n'avait pas beaucoup d’argent, mais on souhaitait vraiment faire un bon film et c’était super ! Et les costumes sont géniaux ! Ça fait du bien de regarder un film français comme ça. Esthétiquement, c’est fou ! L’identité visuelle est fantastique. C'est une vraie proposition de cinéma.

En 2018, tu tournais « Climax », comment c’était de travailler avec Gaspard Noé ?

SY : C’était génial ! Au début, j’avais un peu peur, mais c’est un être d’une douceur extraordinaire, alors que ses films sont les plus barrés au monde. C’est ça qui est intéressant, le contraste entre la personne et son monde complètement trash. Sur le tournage, ce n'est que de l’impro. Le jour même, il me dit : « Souheila, à ce moment, tu vas crier et tu vas sortir. Tu vas dans la neige et tu meurs. » Il parle très doucement et très vite. C’est fascinant. On a beaucoup rigolé et on s’est laissés porter. C’était lui à la caméra, il filmait tout. Il ne se plaignait jamais. On tournait entre minuit et sept heures du matin et il était tout le temps avec nous.

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre. »
Marion Barbeau et Souheila Yacoub dans « En corps» de Cédric Klapisch © Frenetic Films

Est-ce que tu peux nous parler un peu de « En corps » de Cédric Klapisch ?

SY : J’avais rencontré Cédric Klapisch pour un autre casting. On s’était très bien entendus. Il voulait que l'on travaille ensemble et m’a appelée pour « En corps », sans trop savoir quel rôle me donner. Le tournage était un bonheur. Il y avait François Civil et Pio Marmaï, avec qui j’avais déjà tourné. C’était vraiment une ambiance agréable, familiale. L’actrice principale, Marion Barbeau, est danseuse à l’Opéra de Paris. Elle est démente ! Sur le papier, je ne comprenais pas trop où Cédric voulait aller, mais c'est un grand cinéaste. J’ai vu le film : il est super !

Mais j’adorerais que le cinéma suisse explose.– Souheila Yacoub

Ta mère est flamande, ton père est tunisien, tu es née à Genève, tu représentes la Suisse, tu étudies à Paris ; est-ce que tu essayes de retrouver cette diversité-là dans tes choix de rôles ?

SY : Fréquemment, quand on m’appelle pour le rôle d’une Tunisienne, on me dit que je ne fais pas assez tunisienne. En plus, je ne parle pas arabe. Je ne suis pas assez belge non plus. Mais c’est aussi pour ça que j’ai cette carrière. Les gens ne savent pas trop où me mettre. Je ne corresponds pas vraiment à un profil type.

Qu’est-ce qui est pour toi le plus important dans le métier d’actrice ?

SY : Je crois que je change tout le temps de discours. J’évolue et j’apprends. Je ne suis pas encore complète. Quand je vois des scènes de mes projets précédents, je me dis : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? » Au début, je créais beaucoup moi-même. Aujourd’hui, je prends plus de l’autre, je préfère travailler dans l’instant. Mais, je me cherche encore.

Entretien avec Souheila Yacoub : « Les gens ne savent pas trop où me mettre. »
Souheila Yacoub dans « Les Sauvages » - Saison 1 © CPB FILMS/ SCARLETT PRODUCTION /CANAL+

Est-ce qu’il y a d’ailleurs des icônes ou des références qui te guident ?

SY : Je n’ai pas réellement grandi avec des modèles et, longtemps, j’étais complexée par ça. Je suis arrivée à Paris ne connaissant rien. Aujourd’hui, je regarde beaucoup de films et je commence à avoir des gens que j’admire, comme ceux avec qui je travaille ou mes amis du cours Florent, mais je n'ai pas d’icône.

Tu portes quel regard sur l’exposition du cinéma suisse dans le paysage francophone et européen ?

SY : Je dois avouer ne pas beaucoup connaitre le cinéma suisse, ce que je regrette. J’ai représenté la Suisse quand j’étais gymnaste et Miss Suisse Romande, mais je fais du cinéma français. Je fais beaucoup de cinéma indépendant, d’auteur et maintenant je suis aussi dans de plus grosses productions. Si le projet est bon, j’y vais. Je suis pour les bons projets, quels qu’ils soient. Mais j’adorerais que le cinéma suisse explose. J’aimerais me retrouver avec une production suisse, jouer en allemand et travailler sur des projets suisses. Les propositions commencent à venir et c’est plutôt cool.

Plus d'informations sur le film « En corps » de Cédric Klapisch ici

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