Big Fish
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Interview

Ewan McGregor: Poisson pilote

Superbe de fantaisie dans le magique et bouleversant «Big Fish» de Tim Burton, Ewan McGregor trouve un de ses rôles les plus marquants.

Dans «Big Fish», vous incarnez la version «jeune» d'un personnage interprété par un autre acteur: ça vous a posé des problèmes particuliers?
Pas plus que les autres rôles que j'ai tenus au cours de ma carrière. La vérité, c'est que je suis très mauvais acteur. Je suis juste content d'avoir trompé tout le monde une fois de plus.



Vous voulez rire?
Peut-être. Mais peut-être pas.



Vous avez défrayé la chronique, aux Etats-Unis, en apparaissant nu dans «Young Adam».
Si j'avais tué 5'000 personnes au pistolet-mitrailleur, personne ne dirait rien. Mais j'ai exhibé mon pénis, et c'est un scandale. Quelle affaire!



Comment voyez-vous «Big Fish»?
C'est un conte de fée. Un père mourant raconte à son fils toute sa vie, mais il la raconte comme une série de petites histoires fantastiques, dont on ne sait pas très bien comment les prendre. S'agit-il de fables totalement bizarres surgies d'un cerveau malade? Ou de transpositions poétiques réussies? Le fils, lui, est perdu. Au début, il a du mal avec ce foisonnement d'anecdotes. Puis, avec la naissance de son propre enfant, il s'aperçoit que c'est peut-être la meilleure des solutions.



Mais cet univers fantasque livre une part de vérité, aussi?
Oui, le fils commence à comprendre les douleurs et les bonheurs de son père.



C'est très américain, comme univers.
En effet, puisque Tim Burton est américain. Mais, en même temps, le film est joué par un Anglais, Albert Finney, et un Écossais, moi-même. Au début, l'idée me parassait invraisemblable mais, au final, c'est très bien.



Comment était le travail avec Burton?
Aisé. Il a beaucoup de facilités, il témoigne d'une grande confiance. On ne sent aucune nervosité, et c'est très agréable, pour un acteur.



Vous avez eu du mal à rentrer dans la peau de ce jeune M. Bloom?
Non. Nous venons tous les deux d'une petite ville, et nous sommes tous deux partis vers la ville pour chercher fortune. Les endroits sont différents, mais nous sommes semblables.



Le thème père-fils vous est cher?
Bien sûr. Ce qui est étrange, c'est que je me voyais mieux dans le rôle du fils que dans celui du père. J'ai beaucoup pensé à mon propre père, pendant le tournage. En fait, il est proche de M. Bloom, il est très convivial et il adore raconter des histoires. Dans mon village, tout le monde le connaît. Si vous le croisez, il va vous tenir la jambe pendant des heures, à vous raconter des trucs invraisemblables. James McGregor, mon père, était instituteur. Il aime donc causer.



Il a aimé votre choix: être acteur?
Il était juste heureux que j'aie trouvé un job et que je devienne indépendant. J'imagine qu'il a été inquiet sur le moment, mais il n'a rien dit.



Vous-même, vous avez une famille maintenant.
J'ai deux filles et, par chance, j'ai du travail. J'ai tourné déjà dans une trentaine de films, tout va bien.



Vous avez été choisi par George Lucas pour la saga «Star Wars». Comment ça se compare à «Big Fish»?
Il est beaucoup plus difficile de travailler sur les films bourrés d'effets spéciaux. On est là, devant un mur bleu, en essayant d'imaginer le monstre qui vous a pris à la gorge. Travailler sur «Big Fish», c'est simple. Il y a des effets spéciaux, mais pas de monstre interplanétaire. On va tourner quelques retouches pour le prochain épisode en avril.



Vous allez vous installer en Amérique?
Non. J'aime ce pays, et, pour mieux le connaître, je l'ai traversé en moto d'un bout à l'autre, l'été dernier. Mais y habiter? Non.



Vous êtes un passionné des motos.
Oui. Je les collectionne. Dans deux ou trois mois, j'entreprends le tournage d'un documentaire sur les motos. Nous allons traverser l'Europe, le Kazakhstan, la Russie, la Mongolie, la Chine, pour arriver en Alaska. Je crois que ça va être dément.

Interview réalisée par Benjamin Cardozo

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