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Dragon rouge - Interview

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Titre original:Red Dragon
Pays (An): USA, Allemagne (2002)
Genre:Crime, Thriller
Durée:124min
Réalisation:Brett Ratner
Sortie:31.10.2002 (Suisse All.)
 30.10.2002 (Romandie)
Scénario:Ted Tally

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Anthony Hopkins: c'est pour mieux vous manger!

Chaussé pour la troisième fois du dentier cannibale du sinistre Docteur Lecter, Anthony Hopkins prouve dans le terrifiant «Dragon Rouge» que, décidément, l'appétit vient en mangeant.

Vous connaissez le personnage d'Hannibal Lecter par coeur, aujourd'hui.
Oui, c'est un peu comme enfiler une vieille paire de chaussures, elles sont faites à votre pied. Le piège, avec «Dragon rouge», c'était de tomber dans l'autoparodie; j'espère l'avoir évité. J'ai essayé de composer un Lecter plus mortel, plus malveillant, pour rappeler aux spectateurs que ce type n'est pas un héros mais un monstre.

Vous avez perdu du poids pour le rôle ?
Oui, environ dix kilos.

Ça ne vous ennuie pas d'être autant associé au personnage de Lecter, alors que vous avez joué tant de rôles différents ?
Non, pas du tout.

Quel accueil réservez-vous aux gens qui viennent vous parler d'Hannibal Lecter ?
Le meilleur accueil, pour peu que je sois de bonne humeur. J'aime bien que les gens viennent me féliciter. Après tout, c'est grâce à eux que je travaille. J'aime ce que je fais, mais j'en suis comme détaché. Jeune, vous êtes dévoré par l'ambition et puis vous lâchez du lest. Aujourd'hui, j'aime travailler, mais j'aime aussi profiter de la vie, lire, jouer du piano, me promener sur la plage Je me suis débarrassé d'une passion destructrice qui m'habitait, l'alcool. J'ai connu des acteurs - ils sont morts, aujourd'hui - qui n'avaient pas réussi à s'en débarrasser, qui vivaient dans le passé, et qui sont devenus amers. Je ne voulais pas finir comme ça.

Vous ne vous inquiétez pas de savoir de quoi demain sera fait ?
Non, je prends les choses avec philosophie. C'est amusant Autrefois, je me sentais débordé, frustré, car je ne me trouvais pas assez cultivé, je n'avais pas lu assez de livres J'étais boulimique, dispersé, je voulais faire un tas de choses, et le résultat, c'est que je m'épuisais. J'étais plutôt lent à l'école. Je ne comprenais rien aux mathématiques, j'étais nul en langues étrangères Je dessinais bien, en revanche, et j'ai su jouer du piano très tôt. Mais je me sentais différent, et ça me mettait en colère. Une colère qui m'a servi de carburant pour me lancer dans la carrière artistique. Mais je ne pouvais pas rester éternellement en colère, j'aurais fini par devenir fou. J'ai fini par accepter ce que je suis.

À quel moment de votre vie la colère a-t-elle disparu ?
Il y a environ 20 ans. J'ai réalisé que j'avais été impitoyable avec moi-même et qu'il était temps d'en finir avec l'autoflagellation. Certains de mes amis proches m'ont demandé : «Pourquoi tu t'infliges tout ça ? Pourquoi bois-tu autant ? Calme toi» Et c'est ce que j'ai fait. Ça a pris du temps.

On vous a peu vu dans des rôles romantiques. Pourquoi ?
Je n'ai jamais été très à l'aise dans ce genre de films. Ce n'est pas dans mes cordes. Si j'étais Robert Redford ou Tom Cruise, je ne dis pas, mais je suis moi, et je suis content de ce que j'ai fait. Je n'ai pas de regrets.

Vous êtes intervenant dans des ateliers d'art dramatique. Vous avez beau dire qu'il n'y a rien de magique dans le travail du comédien, que tout est dans le texte, il n'empêche que vos étudiants doivent être pas mal intimidés.
Oui, mais je les fais rire, histoire de les mettre à l'aise. Je vais à ces ateliers tous les samedis matins, à Santa Monica. Je parle à mes étudiants pendant un quart d'heure, une demi-heure, et puis ils me posent des questions, je leur réponds, et ils montent sur scène. Je ne suis pas payé pour ça, le plaisir de les voir se débattre dans leurs scènes me suffit amplement. Car je sais ce par quoi ils passent, je comprends ce qu'ils essaient de faire. J'essaie de les ouvrir de l'intérieur, si vous voulez. Certains ont le don, d'autres pas, et j'admire ceux qui ne l'ont pas parce qu'ils ont un courage incroyable. Je fais ça pour rééquilibrer la balance, en quelque sorte. Parce que j'ai entendu parler de ces cours animés par des gourous, des monstres, en fait, des acteurs frustrés qui se vengent sur de pauvres gosses qui paient 300 dollars la séance pour se faire hurler dessus. Je trouve ça détestable. Moi, je n'ai rien à prouver. Je leur dis: «Écoutez, nous sommes tous des imposteurs. Je suis un imposteur, un immense imposteur, et ça fait des années que je dupe mon monde. J'ai un peu de technique mais il y a des tas de choses que je pourrais sans doute faire pour m'améliorer. Tout cela n'est qu'un jeu». Ça les détend, ça leur donne confiance.

De quoi vous tenez-vous éloigné, en tant qu'acteur ?
Du théâtre. Je suis allé voir Edward Norton dans «Burn This», hier soir. Il était formidable. En rentrant à l'hôtel, j'ai commencé à envisager de retourner sur les planches, et puis je me suis vu jouer la même pièce tous les soirs pendant six mois. Un vrai cauchemar! Je suis passé par là, j'ai fait du théâtre pendant un certain temps, et je n'y ai jamais été heureux.

[Anthony Hopkins a été interviewé par Benjamin Cardozo]

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